TOUT SUR FATIMA

 

 

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LE NOUVEL ORDRE MONDIAL À LA LUMIÈRE DU SECRET DE FATIMA

Récits des apparitions

les Apparitions de l’Ange

PRINTEMPS 1916 : « Priez avec moi ! »

« Nous étions en train de jouer depuis quelque temps, lorsqu'un vent violent secoua les arbres, et nous fit lever la tête pour voir ce qui arrivait, car le temps était serein. Nous aperçûmes alors, à une certaine distance, au-dessus des arbres qui s'étendaient du côté du levant, une lumière plus blanche que la neige, qui avait la forme d'un jeune homme de quatorze ou quinze ans. Elle était transparente, plus brillante qu'un cristal traversé par les rayons du soleil, et d'une grande beauté. À mesure que cette apparition approchait, nous distinguions mieux ses traits. Nous étions tout surpris, impressionnés, et nous ne disions mot.

« En arrivant près de nous, cet être mystérieux nous dit :

Ne craignez pas ! Je suis l'Ange de la Paix. Priez avec moi !

« Il s'agenouilla à terre, et courba le front jusqu'au sol. Poussés par un mouvement surnaturel, nous l'imitâmes, et nous répétâmes les paroles
que nous lui entendions prononcer :

« Mon Dieu, je crois, j'adore, j'espère et je vous aime ! Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n'adorent pas, qui n'espèrent pas, qui ne vous aiment pas !

« Après avoir répété trois fois cette prière, il se releva et nous dit :

Priez ainsi ! Les Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications.

« Et il disparut.

« L'atmosphère surnaturelle qui nous enveloppait était si intense que nous n'avions presque plus conscience de notre propre existence. Pendant longtemps nous demeurâmes dans la position où il nous avait laissés, répétant sans cesse la même prière. Ensuite, le sentiment de la présence de Dieu demeura si intense que nous n'osions pas parler, même entre nous. Le jour suivant, notre esprit était encore pénétré de cette atmosphère surnaturelle, qui ne disparut que très lentement.

« Aucun de nous n'eut l'idée de parler de cette apparition, ni d'en recommander le secret aux autres. Elle l'imposait par elle-même. Elle était si intime, qu'il n'était pas facile de l'exprimer par des paroles. Elle nous fit peut-être plus d'impression parce que c'était la première.

« Pendant l'apparition de l'Ange, François se prosterna, comme sa sœur et moi-même, mû par la force surnaturelle qui nous y poussait tous trois ; mais la prière, il l'apprit en nous entendant la répéter, car il disait n'avoir rien entendu des paroles de l'Ange.

« Lorsque dans la suite, nous nous prosternions pour dire cette prière, c'était lui le premier qui se fatiguait de cette position, mais il restait à genoux ou assis, priant ainsi jusqu'à ce que nous terminions. Après, il disait :

– Je ne suis pas capable de rester dans cette position aussi longtemps que vous. J'ai si mal au dos que je n'en peux plus. »

Ainsi, en quelques instants, un bel Ange descendu du Ciel venait ouvrir toute grande l'âme de trois petits bergers, aux réalités surnaturelles. La présence de cet être céleste, mystérieux, mais paisible, bienfaisant, déjà si attirant par sa beauté et sa simplicité, transfigura définitivement, aux yeux des enfants, le Cabeço. Dès lors, ce lieu leur rappela sans cesse, jusque dans les moindres détails, la visite de l'Ange.

Mais leur âme, surtout, fut à jamais impressionnée par le rayonnement intense et intime de cet être de lumière. Nos pastoureaux n'avaient fait que le contempler, l'écouter, l'imiter, subjugués par le doux attrait qui émanait de lui. Combien de temps dura cette apparition angélique ? Quelques minutes tout au plus... Cependant, elle opéra dans l'âme de nos jeunes amis une transformation radicale qu'ils ne pouvaient s'expliquer, quoiqu'ils la ressentissent confusément.

Après son départ, l'Ange laissait à ses confidents une très riche prière et des grâces intimes : « La paix et la joie que nous éprouvions, dit Lucie, étaient grandes, mais seulement intérieures ; notre âme était complètement concentrée en Dieu. L'abattement physique qui nous prostrait était grand aussi. »

Toutefois, au bout de quelques jours, les enfants retrouvèrent leur état naturel. Amusements, chansons, danses reprirent comme auparavant. Seul, le désir de s'éloigner des autres bergers persistait, ou plutôt, augmentait. C'était le Ciel qui conservait ainsi dans l'âme des pastoureaux le parfum de la visite de l'Ange et les préparait à le revoir bientôt.

ÉTÉ 1916 : " Offrez sans cesse au Très-Haut des prières et des sacrifices ! "

L'été arriva, avec sa chaleur brûlante, qui desséchait la campagne. Aussi faisait-on sortir les brebis dès le petit jour pour les faire profiter des heures fraîches et de l'herbe encore humide de rosée. Mais quand la canicule leur ôtait l'appétit, on les reconduisait à la bergerie, pour les faire sortir de nouveau seulement aux approches de la nuit. Lucie, François et Jacinthe employaient les heures les plus accablantes à se reposer et à jouer à l'ombre accueillante des figuiers ou bien, quand l'air devenait moins étouffant, sous le feuillage découpé des oliviers et des pruniers qui entouraient le puits.

Ce fut là, en ce lieu appelé l'Arneiro, qu'un jour, à l'heure de la sieste, le céleste Messager se montra pour la deuxième fois aux enfants qui étaient en train de jouer sur le puits.

 

« Soudain, raconte Lucie, nous vîmes le même Ange près de nous.

Que faites-vous ? nous dit-il. Priez, priez beaucoup ! Les Saints Cœurs de Jésus et de Marie ont sur vous des desseins de miséricorde. Offrez sans cesse au Très-Haut des prières et des sacrifices.

Comment devons-nous nous sacrifier ? demandai-je.

De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. De cette manière, vous attirerez la paix sur votre patrie. Je suis son Ange gardien, l'Ange du Portugal. Surtout, acceptez et supportez avec soumission les souffrances que le Seigneur vous enverra. »

De même qu'au cours de l'apparition précédente, François n'avait rien entendu. Aussi, quelques instants après, il interrogea Lucie :

« Tu as parlé avec l'Ange, qu'est-ce qu'il t'a dit ?

– Tu ne l'as pas entendu ?

– Non, j'ai vu qu'il te parlait et j'ai entendu ce que tu lui as répondu, mais je ne sais pas ce qu'il t'a dit. »

Lucie, encore toute pénétrée de l'atmosphère surnaturelle dans laquelle l'Ange les laissait, le pria d'attendre ou de questionner Jacinthe.

« Jacinthe, raconte-moi, toi, ce que l'Ange a dit », insista François sans plus tarder.

Mais Jacinthe n'avait pas davantage la force de prononcer un seul mot sur cet événement singulier.

« Je te le dirai demain. Aujourd'hui, je ne peux pas parler. »

Le lendemain, lorsque François arriva près de Lucie, il lui demanda :

« As-tu dormi cette nuit ? Moi, j'ai sans cesse pensé à l'Ange et à ce qu'il a pu dire.

« Je lui racontai alors ce que l'Ange avait dit au cours des deux apparitions, poursuit Lucie. Mais il ne paraissait pas comprendre la signification des paroles de l'Ange et s'étonna :

– Qui est le Très-Haut ? Que veut dire :Les Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications ?

« Lorsqu'il obtenait la réponse, il demeurait pensif et posait aussitôt une autre question. Mais mon esprit n'était pas encore bien libre à ce moment et je lui dis d'attendre le lendemain, parce que je ne pouvais pas encore facilement parler. Il se résigna d'abord quelque temps à attendre. Mais à la première occasion, il me posa de nouvelles questions, ce qui fit dire à Jacinthe :

– Écoute, ne parle pas trop de ces choses !

« Lorsque nous parlions de l'Ange, je ne sais ce que nous éprouvions. Jacinthe me disait :

– Je ne sais pas ce qui m'arrive, je ne peux ni parler, ni jouer, ni chanter, et je n'ai de force pour rien !

– Moi non plus, répondait François. Mais qu'importe ! L'Ange est plus beau que tout cela. Pensons à lui ! »

« Priez, priez beaucoup ! Offrez sans cesse au Très-Haut des prières et des sacrifices ! » Ces mots, que les deux petites avaient entendus de la bouche de l'Ange, et qu'elles avaient répétés à François, s'étaient profondément gravés dans leur esprit.

« Ces paroles, nous dit Lucie, étaient comme une lumière qui nous faisait comprendre qui est Dieu, combien Il nous aime et veut être aimé de nous, la valeur du sacrifice et combien celui-ci Lui est agréable, comment, par égard pour lui, Dieu convertit les pécheurs. C'est pourquoi, dès ce moment, nous avons commencé à offrir au Seigneur tout ce qui nous mortifiait, mais sans chercher à nous imposer d'autres mortifications ou pénitences, à l'exception des heures que nous passions, prosternés jusqu'au sol, à répéter la prière que l'Ange nous avait apprise. Nous restions longtemps prosternés, répétant cette prière parfois jusqu'à tomber de fatigue. »

Dimanche 13 mai 1917 " Je suis du Ciel "

Malgré les épreuves de la famille dos Santos, les trois enfants, après les apparitions de l'Ange, avaient repris, au fil des mois, leur vie simple et gaie, avec le même entrain et la même liberté d'esprit qu'autrefois. Les pluies d'avril, après les jours froids et venteux de l'hiver, donnèrent une nouvelle impulsion à la végétation de la Serra. Vint le mois de mai, le mois des fleurs, le mois consacré à Marie.

Ce fut le 13 de ce mois, que la très Sainte Vierge vint embaumer de son parfum céleste notre pauvre terre désolée.

C'était le dimanche qui précédait la fête de l'Ascension. Comme d'habitude, les bergers, avant de sortir avec les brebis, s'étaient rendus tôt matin à l'église paroissiale pour entendre la première messe dominicale.

De son côté, Ti Marto, le père de François et de Jacinthe, avait préparé sa charrette de grand matin, car il voulait emmener sa femme, Olimpia, à Batalha.

Vers le milieu de la matinée, les enfants sortirent leurs brebis de l'étable.

« Comme lieu de pâturage, raconte Lucie, nous avons choisi ce jour-là, par hasard, ou plutôt, selon un dessein de la Providence, la propriété appartenant à mes parents, appelée la Cova da Iria. Il nous fallait pour cela traverser un terrain inculte, ce qui doubla notre parcours. Nous devions donc aller lentement afin que les brebis puissent paître en chemin et, ainsi, nous arrivâmes vers midi. »

Après avoir pris leur repas et récité le chapelet, ils poussèrent les brebis un peu plus haut sur la colline et s'amusèrent à construire un petit mur encerclant un buisson.

« Soudain, dit Lucie, nous vîmes comme un éclair.

– Il vaut mieux retourner à la maison, dis-je à mes cousins, car voici des éclairs, il pourrait venir de l'orage.

– Oh, oui !

« Et nous commençâmes à descendre la pente, poussant les brebis en direction de la route. En arrivant plus ou moins à la moitié de la pente, à peu près de la hauteur d'un grand chêne-vert qui se trouvait là, nous vîmes un autre éclair et, après avoir fait encore quelques pas, nous vîmes, sur un petit chêne-vert, une Dame, toute vêtue de blanc, plus brillante que le soleil, irradiant une lumière plus claire et plus intense qu'un verre de cristal rempli d'eau cristalline traversé par les rayons du soleil le plus ardent. Nous nous arrêtâmes, surpris par cette Apparition. Nous étions si près que nous nous trouvions dans la lumière qui l'entourait, ou plutôt qui émanait d'Elle, peut-être à un mètre et demi de distance, plus ou moins.

 

« Alors, Notre-Dame nous dit :

N'ayez pas peur, je ne vous ferai pas de mal.

D'où vient Votre Grâce ? lui demandai-je.

Je suis du Ciel.

Et que veut de moi Votre Grâce ?

Je suis venue vous demander de venir ici pendant six mois de suite, le 13, à cette même heure. Ensuite, je vous dirai qui je suis et ce je veux. Après, je reviendrai encore ici une septième fois.

Et moi aussi, est-ce que j'irai au Ciel ?

Oui, tu iras.

Et Jacinthe ?

Aussi.

Et François ?

Aussi, mais il devra réciter beaucoup de chapelets.

« Je me souvins alors de poser une question au sujet de deux jeunes filles qui étaient mortes depuis peu. Elles étaient mes amies et elles venaient à la maison apprendre à tisser avec ma sœur aînée.

Est-ce que Maria das Neves est déjà au Ciel ?

Oui, elle y est.

« Il me semble qu'elle devait avoir environ seize ans.

Et Amélia ?

Elle sera au Purgatoire jusqu'à la fin du monde.

« Il me semble qu'elle devait avoir entre dix-huit et vingt ans. »

Quel coup ! Les yeux de Lucie se remplirent de larmes. C'est alors que Notre-Dame, telle une mère affligée, adressa aux enfants sa requête, avec une politesse exquise :

« Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu'Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs ?

Oui, nous le voulons.

 

Vous aurez alors beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort.

« C'est en prononçant ces dernières paroles (la grâce de Dieu, etc.) que Notre-Dame ouvrit les mains pour la première fois et nous communiqua, comme par un reflet qui émanait d'elles, une lumière si intense que, pénétrant notre cœur et jusqu'au plus profond de notre âme, elle nous faisait nous voir nous-mêmes en Dieu, qui était cette lumière, plus clairement que nous nous voyons dans le meilleur des miroirs.

« Alors, par une impulsion intime qui nous était communiquée, nous tombâmes à genoux et nous répétions intérieurement : “ Ô Très Sainte Trinité, je Vous adore. Mon Dieu, mon Dieu, je Vous aime dans le Très Saint-Sacrement. ”

« Les premiers moments passés, Notre-Dame ajouta :

Récitez le chapelet tous les jours afin d'obtenir la paix pour le monde et la fin de la guerre.

Pouvez-vous me dire si la guerre durera encore longtemps, ou si elle va bientôt finir ?

Je ne puis te le dire encore, tant que je ne t'ai pas dit aussi ce que je veux.

« Ensuite, elle commença à s'élever doucement, en direction du levant, jusqu'à disparaître dans l'immensité du ciel. La lumière qui l'environnait semblait lui ouvrir un passage entre les astres, ce qui nous a fait dire parfois que nous avions vu s'ouvrir le ciel. »

Les trois petits demeurèrent encore quelque temps comme fascinés, les yeux levés vers le ciel, fixant le point où la céleste vision avait disparu.

Quand ils revinrent à eux, et jetèrent un regard alentour pour voir où étaient les brebis, ils constatèrent avec joie qu'elles continuaient à brouter tranquillement, à l'ombre des chênes-verts, l'herbe qui croissait parmi les genêts épineux.

Cette fois, sans craindre l'orage, ils passèrent l'après-midi à se remémorer et à savourer les moindres détails de cet événement extraordinaire.

« L'apparition de Notre-Dame vint de nouveau nous plonger dans le surnaturel, confie Lucie, mais d'une manière beaucoup plus suave que les apparitions de l'Ange. Au lieu de cet anéantissement en la divine présence, qui nous prostrait, même physiquement, celle-ci nous laissa une paix, une joie expansive qui ne nous empêchait pas de parler ensuite de ce qui s'était passé. »

Une allégresse exubérante débordait particulièrement du cœur de Jacinthe.

« Oh ! La belle Dame ! » s'écriait-elle de temps à autre avec enthousiasme ! restant surtout sur l'impression de la beauté incroyable de l'Apparition.

Lucie, elle, répétait et méditait les paroles qu'avec une tristesse si poignante la Sainte Vierge lui avait dites : « Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu'Il voudra vous envoyer, en réparation pour les péchés qui l'offensent ?... Vous aurez beaucoup à souffrir... » Et son amie Amélia qui devait rester au Purgatoire « jusqu'à la fin du monde » !... dans ce feu terrible qui purifie les pauvres âmes pour leur permettre d'entrer au Ciel.

Dans le hameau, les quelques personnes qui avaient connu Amélia, avaient eu la discrétion de ne pas ébruiter le drame lamentable qui lui était arrivé, l'irrémédiable déshonneur qui avait souillé sa chasteté.

« Oh ! quelle belle Dame ! » lança de nouveau Jacinthe, les yeux brillants de joie.

« Je vois bien, devina Lucie, que tu vas en parler à quelqu'un !

– Non, non ! Je ne dirai rien ! Ne t'inquiète pas ! »

François, de son côté, restait songeur... Il n'avait pas entendu les paroles de la Vierge. Sa petite sœur et sa cousine, remplies d'une certaine vivacité expansive, d'une joie immense et d'une allégresse communicative qui leur rendaient la parole facile, lui racontèrent tout ce que Notre-Dame avait dit. Et lui, heureux, manifestant la joie qu'il ressentait de la promesse qu'il irait au Ciel, croisa les mains sur sa poitrine et dit :

« Ô ma Notre-Dame ! Des chapelets, j'en réciterai autant que vous voudrez ! »

Le soleil déclinait déjà. Les enfants rassemblèrent en hâte les brebis et prirent le chemin du retour. Mais Lucie prévoyait les ennuis qu'ils pourraient avoir si Jacinthe ne tenait pas sa langue. Elle décida tout bonnement qu'il valait mieux se taire et recommanda à ses cousins le silence le plus absolu, pour le moment, à l'égard de tous.

« Même avec ta mère ! » ajouta-t-elle en regardant Jacinthe droit dans les yeux.

« Nous ne dirons rien à personne », assurèrent le frère et la sœur. Mais la voix de Jacinthe, toute vibrante d'enthousiasme, laissait déjà présager que sa résolution serait bien fragile.

Devant la porte de la bergerie de Monsieur Marto, une fois encore, la petite s'exclama : « Oh ! quelle belle Dame ! »

Lucie, l'index sur les lèvres, essaya de la faire taire. « Chut !... Même avec ta mère !

– Bien sûr ! » assura Jacinthe.

Le 13 juin 1917 La révélation du Cœur Immaculé de Marie

Le 13 juin au matin, Lucie, François et Jacinthe, après la messe en l'église de Fatima, se rendirent jusqu'à la Cova da Iria. Vers 11 heures, lorsqu'ils arrivèrent sur le lieu des apparitions, il y avait déjà plusieurs dizaines de personnes, venues pour la plupart des hameaux voisins. De la paroisse, il n'y avait guère que Maria Carreira. Cette mère de famille, “ la fidèle de la première heure ”, n'avait rien d'une exaltée, perpétuellement en quête de merveilleux... C'en était tout le contraire. D'un courage héroïque, d'un grand bon sens, c'est sa foi profonde et son amour de la très Sainte Vierge qui, non sans une grâce spéciale de Dieu, lui firent pressentir presque tout de suite, puis constater de visu qu'il y avait là un authentique fait surnaturel. (...)

Dès qu'elle aperçut Lucie, Maria Carreira s'empressa de lui demander :

« Oh, petite ! quel est le chêne-vert où Notre-Dame est apparue ?

– Voyez ! c'est ici qu'elle se trouvait, répondit Lucie en mettant la main sur la cime de l'arbuste.

C'était un petit chêne-vert, d'un mètre environ de hauteur, dans la force de la croissance. Les branches étaient bien droites, vigoureuses et d'un bel aspect.

Et puis, sans excitation, sans inquiétude ni contention d'esprit, l'on attendit l'heure de l'apparition. « Pour moi, racontait Maria Carreira, comme j'étais malade, et me sentais très faible (il devait être près de midi au soleil), je demandai à Lucie :

– Notre-Dame va-t-elle tarder longtemps ?

– Non, Madame, me répondit-elle, elle ne tardera pas.

« La petite attendait les signes qui annonceraient l'apparition. Nous récitâmes le chapelet et, au moment où allait commencer les litanies, Lucie interrompit en disant qu'il n'y avait plus assez de temps pour les réciter. »

Il y avait maintenant autour des voyants une cinquantaine de personnes groupées près du chêne-vert, et tout le monde entendit Lucie s'écrier : « Voilà l'éclair !... Notre-Dame va arriver ! » Mais, seuls, les trois enfants l'avaient vu. Les autres ne virent ni l'éclair, ni Notre-Dame... Cependant, note un témoin, « les branches de l'arbuste ployèrent en rond de tous les côtés, comme si le poids de Notre-Dame avait réellement porté sur elles ». (...)

Écoutons maintenant Lucie relater l'Apparition dans son IVe Mémoire :

« 13 juin 1917. Après avoir récité le chapelet avec Jacinthe, François et d'autres personnes qui étaient présentes, nous vîmes de nouveau le reflet de la lumière qui s'approchait (ce que nous appelions l'éclair) et, ensuite, Notre-Dame, sur le chêne-vert, tout comme au mois de mai.

Que veut de moi Votre Grâce ? demandai-je.

Je veux que vous veniez ici le 13 du mois prochain, que vous disiez le chapelet tous les jours et que vous appreniez à lire. Ensuite, je vous dirai ce que je veux.

Je demandai la guérison d'un malade.

S'il se convertit, il sera guéri durant l'année.

Je voudrais vous demander de nous emmener au Ciel.

Oui, Jacinthe et François, je les emmènerai bientôt mais toi, Lucie, tu resteras ici pendant un certain temps. Jésus veut se servir de toi afin de me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut, ces âmes seront chéries de Dieu, comme des fleurs placées par Moi pour orner son trône.

- Je vais rester ici toute seule ? demandai-je avec peine.

- Non, ma fille. Tu souffres beaucoup ? Ne te décourage pas, je ne t'abandonnerai jamais ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu'à Dieu.

« Ce fut au moment où Elle prononça ces dernières paroles qu'Elle ouvrit les mains et nous communiqua, pour la deuxième fois, le reflet de cette lumière immense. En Elle, nous nous vîmes comme submergés en Dieu. Jacinthe et François paraissaient être dans la partie de cette lumière qui s'élevait vers le Ciel, et moi dans celle qui se répandait sur la terre.

« Devant la paume de la main droite de Notre-Dame se trouvait un Cœur, entouré d'épines qui semblaient s'y enfoncer. Nous avons compris que c'était le Cœur Immaculé de Marie, outragé par les péchés de l'humanité, qui demandait réparation.

« Voilà, Excellence, ce à quoi nous faisions allusion lorsque nous disions que Notre-Dame nous avait révélé un secret en juin. Notre-Dame ne nous avait pas demandé encore cette fois-là de garder le secret, mais nous sentions que Dieu nous y poussait. »

« Quand Notre-Dame s'éloigna de l'arbuste, rapporte Maria Carreira, il y eut comme le souffle d'une fusée d'artifice lorsqu'on l'entend monter au loin. Lucie se leva très vite et, en tendant le bras, elle disait :

– Voyez, Elle s'en va, Elle s'en va !

« Quant à nous, nous ne vîmes rien, seulement un petit nuage, distant du feuillage de l'arbuste d'une main ouverte, qui s'élevait doucement vers l'orient, jusqu'au moment où il se dissipa complètement. Certaines gens disaient : “ Je le vois encore, il est là ! ”... jusqu'à ce que, pour finir, personne ne prétendit plus le voir. Les petits restaient silencieux, les yeux fixés sur le même point du ciel, jusqu'à ce que Lucie, au bout d'un moment, déclarât : “ C'est fini ! Maintenant on ne la voit plus ; elle est rentrée au Ciel ; les portes se sont refermées. ” En nous tournant alors vers le chêne-vert miraculeux, quelle ne fut pas notre surprise de voir que les petites branches du sommet, qui étaient auparavant toutes droites, étaient maintenant un peu inclinées vers l'est, comme si elles avaient été réellement foulées par quelqu'un. »

« Je remarquai un fait étonnant, rapporte un autre témoin. À la fin de l'apparition, lorsque Lucie annonça que Notre-Dame partait dans la direction de l'est, tous les rameaux de l'arbre se ramassèrent et s'infléchirent de ce côté, comme si Notre-Dame, en partant, avait laissé traîner sa robe sur la ramure. »

Les cinquante premiers pèlerins du 13 juin, rentrés chez eux pleins de joie et de ferveur, publièrent partout la bonne nouvelle : Oui, c'était vrai, Notre-Dame était apparue une deuxième fois à la Cova da Iria ! et ce n'était pas fini, elle reviendrait tous les treize du mois, jusqu'en octobre ! Ils surent si bien communiquer leur confiance enthousiaste que, le 13 juillet, en pleine période de moisson, ils seront des milliers à vouloir assister au céleste rendez-vous... (...)

Le fruit de la vision fut pour nos pastoureaux une connaissance intime et un ardent amour du Cœur Immaculé de Marie. « Il me semble que ce jour-là, écrit Lucie, ce reflet avait pour but principal de mettre en nous une connaissance et un amour spécial envers le Cœur Immaculé de Marie ; de même que les deux autres fois, il avait eu ce même but, mais par rapport à Dieu et au mystère de la très Sainte Trinité. Depuis ce jour, nous sentîmes au cœur un amour plus ardent envers le Cœur Immaculé de Marie. » Jacinthe, plus particulièrement, était débordante de ferveur : « Elle me disait de temps en temps : “ Notre-Dame a dit que son Cœur Immaculé serait ton refuge, et le chemin qui te conduirait à Dieu. N'aimes-tu pas cela beaucoup ? Moi, j'aime tant son Cœur, Il est si bon ! ” »

Dans la lumière même de Dieu, les enfants purent voir l'expression symbolique de la diversité de leurs vocations. Après la vision, François s'étonnait : « Tu te trouvais avec Notre-Dame, disait-il à Lucie, dans la lumière qui descendait vers la terre, et Jacinthe avec moi dans celle qui montait vers le Ciel. » Lucie le lui expliqua. La prophétie qu'elle formula sur son propre compte est à signaler, elle s'est réalisée à la lettre :

« C'est que, répondis-je, toi et Jacinthe, vous irez bientôt au Ciel, et moi je resterai avec le Cœur Immaculé quelque temps encore sur la terre.

– Combien d'années resteras-tu ici ? demanda-t-il.

– Je ne sais pas, beaucoup d'années.

– C'est Notre-Dame qui te l'a dit ?

– Oui, c'est Elle, et je l'ai vu dans cette lumière qu'elle nous mettait dans la poitrine.

« Jacinthe confirma ce que je disais, en déclarant : “ Oui, c'est bien ainsi ! Moi aussi, je l'ai vu ainsi ! ” »

Extraits de Fatima, joie intime, événement mondial,
Frère François de Marie des Anges, p. 53-57

Les trois enfants, le 13 juillet, peu après la vision de l'enfer.

Le 13 juillet 1917 La révélation du grand Secret

Le 13 juillet, alors que notre Lucie demeurait plongée dans l'angoisse, François et Jacinthe s'inquiétaient, ne sachant comment ils agiraient sans leur cousine. (...)

Mais quand approcha l'heure à laquelle elle devait partir pour la Cova da Iria, Lucie se sentit soudain poussée à s'y rendre par une force étrange à laquelle il lui était très difficile de résister. Elle se mit donc en chemin et passa par la maison de ses oncles, pour voir si Jacinthe y était encore. Elle la trouva dans sa chambre, avec son frère François, à genoux au pied du lit et pleurant.

« Vous n'y allez pas ? leur demanda-t-elle.

– Sans toi, nous n'osons pas y aller. Allons, viens !

– Eh bien, j'y vais », leur répondit-elle.

Alors, le visage rayonnant de joie, ils partirent aussitôt avec leur cousine. (...)

Écoutons Monsieur Marto raconter, dans son langage simple et pittoresque, l'enchaînement rapide des événements :

« Je quittai la maison résolu, cette fois, à voir ce qui se passait. À combien de reprises n'avais-je pas dit à ma commère Maria Rosa : “ Si les gens prétendent que ces choses sont des inventions des parents et des prêtres, personne ne sait mieux que vous et moi qu'il n'en est pas ainsi. Nous ne poussons pas les enfants à aller là-bas. Et Monsieur le Curé quant à lui... Il va jusqu'à dire que ce peuvent être des choses du démon !... ” En réfléchissant ainsi, j'atteignis la route. Que de monde déjà !... » (...)

Impossible d'approcher !... À un certain moment, deux hommes, l'un de Ramila, l'autre de notre village, firent un cercle autour des enfants pour leur dégager une place et, me voyant, ils me tirèrent par le bras, en déclarant :

– C'est le père des enfants ! Qu'il vienne au milieu !

« Je me trouvai donc tout près de ma Jacinthe.

« Lucie, agenouillée un peu plus en avant, récitait le chapelet, et tous répondaient à haute voix. Le chapelet terminé, elle se leva si rapidement qu'elle ne sembla pas agir d'elle-même. Elle regarda vers le levant et s'écria :

– Fermez les parapluies ! Fermez les parapluies ! (ils servaient d'ombrelles, car il était midi et la chaleur était accablante)... Notre-Dame arrive !

« Pour moi, j'avais beau regarder, je ne voyais rien. Cependant, en faisant plus attention, je vis comme un léger nuage cendré, qui planait sur le chêne-vert. Le soleil s'obscurcit, et l'on sentit un souffle frais, agréable. Il ne semblait plus que nous étions au plus fort de l'été. La foule était tellement silencieuse qu'on en était impressionné.

« Alors, je commençai à entendre un son, un bourdonnement, quelque chose comme le bruit que ferait une grosse mouche dans une cruche vide. Mais je n'entendais aucune parole. Rien !... Je pense que c'est un peu ce qui arrive quand on est à téléphoner, ce qui ne m'est jamais arrivé ! Mais qu'est-ce que c'est ? me demandais-je à moi-même. Est-ce que cela vient de loin, ou de tout près d'ici ?... Tout cela, pour moi, fut une grande confirmation du miracle. »

En vérité, la Très Sainte Vierge descendait du Ciel, une troisième fois, pour s'adresser à ses confidents.

En présence de la céleste vision, une allégresse incroyable, une paix immense, envahirent le cœur des enfants, spécialement de Lucie, qui restait muette d'étonnement. Avec une tendresse infinie, comme une mère penchée sur son petit enfant malade, la Vierge Marie posa un regard un peu triste sur Lucie, comme pour lui dire : « C'est moi... Je viens du Ciel... En enfer, il n'existe pas de blancheur, pas de lumière ; il ne s'y trouve aucune bonté, aucune douceur... »

Lucie demeurait absorbée dans sa contemplation, comme en extase. Alors, Jacinthe intervint :

« Allons, Lucie, parle ! Ne vois-tu pas qu'Elle est déjà là et qu'Elle veut te parler ? »

Humblement, comme pour implorer son pardon après avoir douté d'Elle, Lucie demanda une fois de plus :

« Que veut de moi Votre Grâce ?

Je veux que vous veniez ici le 13 du mois qui vient, que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours en l'honneur de Notre-Dame du Rosaire, pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, parce qu'Elle seule pourra vous secourir. »

Lucie, pensant à sa mère qui ne voulait pas croire, aux gens qui se moquaient d'elle, à Monsieur le Curé qui prétendait que ce pourrait être une chose mauvaise, ajouta :

« Je voudrais vous demander de nous dire qui vous êtes, et de faire un miracle afin que tous croient que Votre Grâce nous apparaît.

Continuez à venir ici tous les mois. En octobre, Je dirai qui Je suis, ce que Je veux, et Je ferai un miracle que tous verront pour croire. »

Tout heureuse et sans perdre de temps, Lucie se mit à présenter à la Vierge Marie les requêtes qu'on lui avait confiées. Notre-Dame répondit qu'elle guérirait les uns, les autres non. Quant au fils estropié de Maria Carreira, elle ne le guérirait pas et il resterait pauvre. Mais il devrait réciter tous les jours le chapelet avec sa famille, et il pourrait gagner sa vie. Un de ceux qui avaient eu recours à Notre-Dame, un malade de Atouguia, avait supplié d'aller bientôt au Ciel.

« Qu'il ne soit pas trop pressé, répondit Notre-Dame. Je sais bien quand je dois venir le chercher. »

Il s'agissait de Manuel da Silva Reis, que Notre-Dame ne vint en effet chercher que sept ans plus tard, le 18 février 1924.

On demandait aussi des conversions : une femme de Fatima et ses enfants ; une autre de Pedrogao, des buveurs à corriger de leur vice, d'autres guérisons... Tous devaient réciter le chapelet, telle était la condition générale pour obtenir dans l'année les grâces demandées.

Afin de ranimer la ferveur refroidie de Lucie, la Vierge Marie lui recommanda de nouveau la nécessité du sacrifice, et confia aux enfants des paroles dont il leur faudrait conserver le secret :

« Sacrifiez-vous pour les pécheurs, et dites souvent à Jésus, spécialement lorsque vous ferez un sacrifice :

« Ô Jésus, c'est par amour pour vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie. »

Lucie poursuit avec précision :

« En disant ces dernières paroles, Elle ouvrit de nouveau les mains, comme les deux derniers mois. Le reflet (de la lumière) parut pénétrer la terre et nous vîmes comme un océan de feu. Plongés dans ce feu nous voyions les démons et les âmes (des damnés). Celles-ci étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant formes humaines. Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d'elles-mêmes, avec des nuages de fumée. Elles retombaient de tous côtés, comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur. (C'est à la vue de ce spectacle que j'ai dû pousser ce cri : “ Aïe ! ” que l'on dit avoir entendu de moi.) Les démons se distinguaient (des âmes des damnés) par des formes horribles et répugnantes d'animaux effrayants et inconnus, mais transparents comme de noirs charbons embrasés.

« Cette vision ne dura qu'un moment, grâce à notre bonne Mère du Ciel qui, à la première apparition, nous avait promis de nous emmener au Ciel. Sans quoi, je crois que nous serions morts d'épouvante et de peur.

« Effrayés, et comme pour demander secours, nous levâmes les yeux vers Notre-Dame qui nous dit avec bonté et tristesse :

Vous avez vu l'enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. Si l'on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d'âmes se sauveront et l'on aura la paix. La guerre va finir. Mais si l'on ne cesse d'offenser Dieu, sous le règne de Pie XI, en commencera une autre pire. Quand vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c'est le grand signe que Dieu vous donne qu'il va punir le monde de ses crimes, par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l'Église et le Saint-Père.

Pour empêcher cela, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la Communion réparatrice des premiers samedis du mois. Si l'on écoute mes demandes, la Russie se convertira et l'on aura la paix. Sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties. "

« À la fin mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira et il sera donné au monde un certain temps de paix.

« Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi, etc.

« Cela ne le dites à personne. À François, oui, vous pouvez le dire.

« Quand vous récitez le chapelet, dites après chaque mystère :

« Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, sauvez-nous du feu de l'enfer, attirez au Ciel toutes les âmes, surtout celles qui en ont le plus besoin. »

En face des réalités terribles qu'ils venaient de voir et d'entendre, les enfants restèrent sans parole, comme privés de leurs sens.

Après quelques instants de silence, Lucie cependant posa une dernière question :

« Votre Grâce ne me demande-t-elle rien de plus ?

Non, aujourd'hui je ne te demande rien de plus. »

« On entendit à ce moment-là, se souvient Monsieur Marto, quelque chose comme un grand coup de tonnerre, et l'arceau, qu'on avait planté là pour y accrocher deux petites lanternes, trembla tout entier, comme s'il y avait eu un tremblement de terre. Lucie, qui était encore à genoux, se leva, et se tourna si vite que sa jupe se souleva comme un ballon. Elle s'écria, en montrant le ciel :

– Elle s'en va ! Elle s'en va !

« Et après quelques instants :

– On ne la voit déjà plus.

« Je tirai de cela aussi une grande preuve. »

L'entretien était terminé, et la Vierge, comme le 13 mai et le 13 juin, s'était élevée vers le même point du ciel d'où Elle était venue, jusqu'à disparaître dans l'immensité bleue.

Lorsque se fut dissipé le nuage cendré qui planait sur le chêne-vert, et que tout le monde se fut remis de ses émotions, les enfants se virent plus que jamais entourés et harcelés de questions.

« Oh, Lucie ! Qu'est-ce que Notre-Dame t'a dit pour que tu sois devenue si triste ? lui demanda quelqu'un.

– C'est un secret, répondit-elle.

– Mais c'est une chose bonne ?

– Pour les uns, elle est bonne, pour les autres, mauvaise.

– Tu ne peux pas le dire ? insistait-on.

– Non, je ne peux pas le dire ! »

C'est que l'ordre de Notre-Dame retentissait encore à ses oreilles : « Cela, ne le dites à personne ! »

La foule serrait les enfants, au point de les étouffer. Tout rouge, en sueur, et d'un geste rapide, Monsieur Marto s'ouvrit un passage en jouant violemment des coudes puis, enlevant Jacinthe dans ses bras, il la porta jusqu'à la route, en la protégeant du soleil brûlant avec son chapeau. (...)

Un jeune ingénieur des environs, nommé Mario Godinho, offrit aux petits voyants de les reconduire chez eux en automobile. (...)

Les trois enfants, le 13 juillet, peu après la vision de l'enfer.

Toutefois, avant de rentrer à Aljustrel, l'on s'arrêta devant l'église de Fatima. Là, leur conducteur voulut les photographier. Premier et saisissant cliché que nous ayons des trois voyants, réalisé si peu d'instants après la vision de l'enfer.

Le doute, qui avait tourmenté Lucie du 13 juin au 13 juillet, disparut lors de cette troisième apparition de Notre-Dame à la Cova da Iria. Grâce à Dieu, la vision céleste dissipa les nuages de son âme et elle retrouva la paix.

Nos petits amis venaient de voir l'enfer, d'entendre les hurlements des damnés, là, tout près d'eux. Lucie, pour sa part, apprendrait bientôt que sa mission de messagère du Ciel serait de rappeler à notre siècle impie et apostat que l'enfer existe, que des multitudes d'âmes y tombent pour leur tourment éternel, et que la Vierge Marie a voulu montrer cette réalité à trois enfants, en prévision de l'incrédulité qui irait croissant à notre époque... jusqu'à déclarer que l'enfer n'existe pas ou qu'il n'y a personne dedans. Prétendre cela après la vision de l'enfer en 1917 ? Impossible !

La voyante est fidèle aux paroles de la Sainte Vierge qui se fait notre catéchiste, nous pouvons donc la croire ! Lucie témoignera sa vie durant, avec toute son énergie, de ce qu'elle a vu en ce 13 juillet 1917. Elle déclarera à maintes reprises, à des journalistes ou dans sa correspondance : « La terre s'ouvrit et nous nous trouvions, pour ainsi dire, au-dessus de l'enfer comme quelqu'un qui, sur une falaise, se trouverait au-dessus de la mer (...). J'entendais les cris. Il m'a semblé que l'enfer était tout près. »

« Nombreux sont ceux qui se damnent... Beaucoup se perdront... Ne soyez pas surpris si je vous parle tant de l'enfer. C'est une vérité qu'il est nécessaire de rappeler beaucoup dans les temps présents, parce qu'on l'oublie : c'est en tourbillon que les âmes tombent en enfer. Eh quoi ? Vous ne trouvez pas bien employés tous les sacrifices qu'il faut faire pour ne pas y aller et empêcher que beaucoup d'autres y tombent ? »

Extraits de Francisco et Jacinta, si petits... et si grands !,
Sœur Françoise de la Sainte Colombe, p. 137-149.

Jean Marto, le frère aîné de Jacinthe et de François, photographié en 1990, à l'âge de 84 ans. Il a assisté à l'apparition du 19 août.

Dimanche 19 août 1917 « Beaucoup d'âmes vont en enfer parce qu'elles
n'ont personne qui se sacrifie et prie pour elles »

Quatre jours s'étaient écoulés depuis le retour des enfants de la prison dans laquelle ils avaient été enfermés par l'Administrateur. Ils calculaient tristement qu'il leur faudrait attendre encore presque un mois avant de revoir Notre-Dame. En ce dimanche 19 août, après la Messe paroissiale, ils partirent pour la Cova da Iria, accompagnés de quelques personnes, pour y réciter le chapelet. L'après-midi, les pèlerins rentrèrent chez eux, tandis que Lucie, François ainsi que son frère Jean âgé de onze ans, prirent le chemin des Valinhos, pour mener paître leurs troupeaux. C'était le lieu le plus proche et le plus herbu, à mi-hauteur entre Aljustrel et le sommet du Cabeço.

Jacinthe, pour sa part, avait été retenue par sa mère qui voulait lui laver les cheveux.

Il était environ 4 heures de l'après-midi, quand Lucie commença à remarquer dans l'atmosphère les changements qui précédaient les apparitions de Notre-Dame à la Cova da Iria : un rafraîchissement subit de la température, une atténuation de l'éclat du soleil, enfin l'éclair caractéristique.

« Notre-Dame va venir, se dit Lucie... et Jacinthe qui n'est pas là ! »

Jean Marto, le frère aîné de Jacinthe et de François, photographié en 1990, à l'âge de 84 ans. Il a assisté à l'apparition du 19 août.

Elle fit appel à Jean : « Oh, Jean ! Va vite chercher Jacinthe ! Notre-Dame va venir ! »

Mais le garçon n'était guère disposé à y aller. C'est que, lui aussi, voulait voir la Sainte Vierge ! « Va ! Va vite ! insista Lucie. Je te donne deux “ vinténs ” (40 centimes) si tu me ramènes Jacinthe !... En voici déjà un, et je te donnerai l'autre quand tu reviendras. »

Jean, mettant la pièce dans sa poche, partit à toute vitesse pendant que François lui criait : « Dis-lui qu'elle vienne en courant ! »

Puis, se tournant vers sa cousine, François lui dit :

« Si Jacinthe n'arrive pas à temps, elle sera très triste. »

En cinq minutes, Jean était à la porte de la maison de ses parents. « Maman, lança-t-il, tout essoufflé, Lucie m'envoie dire qu'elle voudrait voir Jacinthe !

– Quoi ? Il n'y en a pas assez de trois pour s'amuser ? répliqua Olimpia, mécontente. Le Curé ne peut se passer de sacristain ? »

Mais le garçon insistait : « Laissez-la venir, Maman ! Il faut qu'elle vienne !

– Et pourquoi ? Me le diras-tu ?

– Voyez ! Lucie m'a même donné un “ vintém ” pour que je l'amène. »

Olimpia était de plus en plus intriguée : « Un “ vintém ” ? Eh bien, maintenant je veux savoir pourquoi Lucie tient tant à ce que Jacinthe vienne ! »

Jean, trépignant d'impatience, avoua :

« C'est que Lucie a vu dans les astres les signes que Notre-Dame va apparaître, et elle voudrait que Jacinthe soit là, le plus vite possible !

– Eh bien, à la grâce de Dieu ! Jacinthe est chez sa marraine. »

C'était tout ce que le garçonnet voulait savoir, et il partit comme un trait. À la maison de la marraine, il se précipita vers Jacinthe. Deux mots susurrés à son oreille la rendirent plus impatiente que lui-même de voler aux Valinhos. En se donnant la main, ils y coururent.

Olimpia, curieuse de savoir ce qui se passait et désireuse de profiter de cette occasion, peut-être unique, se mit en route elle aussi. Mais elle n'arriva pas à temps, car elle s'attarda quelques minutes à la maison de la marraine qui lui dit que les enfants étaient partis, en toute hâte, en direction des Valinhos.

Jean non plus, ne gagna rien à avoir tant couru,... si ce n'est les deux “ vinténs" de Lucie qu'il faisait tinter dans sa poche, en guise de consolation.

Comme à la Cova da lria, seuls les trois enfants privilégiés virent la Céleste Dame. Eux seuls, dans les desseins de la Providence, devaient être les dépositaires du message venu du Ciel.

Au premier éclair avait succédé un second, et ce fut à ce moment même que Jacinthe arriva avec son frère Jean, soulevant derrière eux un nuage de poussière. Peu après, la lumineuse Apparition se montrait au-dessus d'un chêne-vert, un peu plus élevé que celui de la Cova da Iria. Quelle joie ineffable de La revoir, après avoir tant craint qu'Elle ne revienne plus ! Quelle bonté maternelle de revenir exprès, pour remplacer le rendez-vous manqué six jours auparavant !

Avec une confiance toute filiale, Lucie demanda :

 

« Que veut de moi Votre Grâce ?

Je veux que vous continuiez d'aller à la Cova da Iria le 13, que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours. Le dernier mois, Je ferai le miracle afin que tous croient. Si l'on ne vous avait pas emmenés à la Ville, le miracle aurait été plus connu. Saint Joseph viendra avec l'Enfant-Jésus, pour donner la paix au monde. Notre-Seigneur viendra bénir le peuple. Viendra aussi Notre-Dame du Rosaire et Notre-Dame des Douleurs. »

Lucie se souvint alors de la question dont l'avait chargée Maria Carreira :

« Que voulez-vous que l'on fasse de l'argent que les gens laissent à la Cova da Iria ?

Que l'on fasse deux brancards de procession. Tu porteras l'un avec Jacinthe et deux autres petites filles habillées de blanc ; l'autre, que François le porte avec trois garçons, comme lui vêtus d'une aube blanche. Ce sera pour la fête de Notre-Dame du Rosaire. Ce qui restera sera pour aider à la construction d'une chapelle que l'on fera faire.

Je voudrais vous demander la guérison de quelques malades.

Oui, j'en guérirai certains dans l'année. »

Et, prenant un air plus triste :

« Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs, car beaucoup d'âmes vont en enfer parce qu'elles n'ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. »

« Et comme d'habitude, Elle commença à s'élever en direction du levant. »

Aux Valinhos, le monument commémoratif de l'apparition du 19 août 1917. Au premier plan, à gauche, le chemin où les enfants s'agenouillèrent quand Notre-Dame leur apparut.

Les enfants, cette fois, voulurent cueillir eux-mêmes un rameau du chêne-vert sur lequel s'étaient posés les pieds de la Vierge Marie. Jacinthe désirait passer le reste de l'après-midi aux Valinhos, mais François la reprit gentiment :

« Non, tu dois t'en aller, parce que notre mère ne t'a pas laissée venir aujourd'hui avec les brebis. »

Et, afin de l'encourager, il l'accompagna jusqu'à la maison, laissant à Lucie et à Jean le soin du troupeau.

Le frère et la sœur tenaient à la main le précieux rameau de l'arbuste, souvenir de l'Apparition. En entrant dans Aljustrel, ils trouvèrent, à la porte de la maison de Lucie, Maria Rosa, ainsi que Maria dos Anjos, sa fille aînée, et d'autres personnes.

Jacinthe, tout émue, dit aussitôt à la mère de Lucie :

« Oh, ma tante ! Nous avons vu encore une fois Notre-Dame : aux Valinhos !

– Ah, Jacinthe ! Vous serez donc toujours des menteurs ? Est-ce que Notre-Dame va maintenant apparaître partout où vous allez ?

– Mais nous l'avons vue ! » insistait la petite. Et, montrant à sa tante le rameau de chêne-vert qu'elle tenait à la main, elle continua : « Voyez, ma tante ! Notre-Dame avait un pied sur cette petite branche, et un autre sur celle-ci.

– Donne !... Montre-le-moi ! »

Jacinthe lui remit le rameau, et Maria Rosa le porta à son nez. « Mais quelle est cette odeur ? » Sa curiosité était piquée au vif. Elle continuait à le sentir et s'étonnait : « Ce n'est pas du parfum... ni de l'encens... ni de la savonnette... Cela sent la rose. Non, ce n'est pas encore cela, ni rien de ce que je connais !... Quelle bonne odeur ! »

Tous voulurent sentir aussi le rameau et tous trouvèrent l'odeur très agréable. Enfin, Maria Rosa le posa sur la table : « Je le laisse là. Je trouverai bien quelqu'un qui saura identifier cette odeur. »

Depuis ce moment, la mère de Lucie commença à être ébranlée dans son opposition aux Apparitions. Elle retrouva un peu de paix. Elle avait souvent dit : « S'il y avait au moins une autre personne qui ait vu quelque chose, je croirais peut-être ! Mais parmi tant de monde, eux seuls voient ! » Or, durant ce dernier mois, certains rapportaient avoir vu divers phénomènes. Maria Rosa d'observer alors : « Pour moi, il me semblait, auparavant, que s'il y avait eu quelqu'un d'autre à voir quoi que ce soit, j'aurais cru. Mais, à présent, tant de gens disent avoir vu quelques signes et je ne parviens pas à croire. »

Le père de Lucie, quant à lui, commença à prendre sa défense. Quand ses sœurs se moquaient d'elle, leur père les priait de la laisser en paix, car ses dires pouvaient être vrais.

Ce même 19 août, dès que Maria Rosa eut repris ses occupations domestiques, Jacinthe rentra furtivement dans la maison et s'empara du rameau pour le montrer à ses parents.

Monsieur Marto, en effet, n'apprit que le soir la nouvelle apparition de la Vierge Marie à ses enfants. Écoutons-le :

« J'étais allé ce jour-là faire un tour dans mes champs. Après le coucher du soleil, je revins à la maison. J'étais sur le point d'y entrer, lorsque je rencontrai un ami qui me dit :

– Oh ! Ti Marto, le miracle est plus certain désormais.

– Moi, je ne sais rien, répondis-je.

– Quoi ? Vous ne savez pas ?

– Non ! Que pourrais-je savoir de plus ?

– Eh bien, sachez que Notre-Dame est apparue, il y a un instant aux Valinhos, à vos enfants et à Lucie. C'est sûr ! Ti Manuel, et, croyez-moi ! votre Jacinthe a une “ vertu ” particulière. Elle n'était pas avec les autres... Quelqu'un est venu l'appeler, et Notre-Dame n'est apparue qu'au moment où elle est arrivée.

« Je haussai les épaules, sans trouver à articuler une parole, mais j'entrai dans la cour en réfléchissant à la chose. Ma femme était absente. J'allai à la cuisine et je m'assis.

« Sur les entrefaites, Jacinthe arriva, toute joyeuse, avec un rameau à la main et me dit :

– Oh, Papa ! Notre-Dame nous est apparue de nouveau : aux Valinhos !

« Au moment où elle entra, je sentis un parfum extraordinaire, que je ne pouvais m'expliquer. Je tendis la main vers le rameau, et je demandai à la petite :

– Qu'est-ce que tu apportes là ?

– C'est le rameau sur lequel Notre-Dame a posé les pieds.

« Je le sentis, mais le parfum avait disparu. »

Quant à Jean, qui avait assisté à l'Apparition, il alla trouver sa mère, le soir tombé, très déçu de n'avoir pu contempler la vision lui aussi :

« J'ai vu Lucie, François et Jacinthe s'agenouiller près de l'arbre. Puis j'ai écouté ce que disait Lucie. Quand elle a dit : “ Voilà qu'Elle part ! Regarde Jacinthe ! ” j'ai entendu un coup de tonnerre semblable à l'éclatement d'une fusée. Mais je n'ai rien vu. Pourtant les yeux me font encore mal d'avoir tant regardé en l'air. »

Extraits de Francisco et Jacinta, si petits et si grands !,
Sœur Françoise de la Sainte Colombe, p. 205-212.

Jeudi 13 septembre 1917 « En octobre, je ferai le miracle pour que tous croient. »

Le 13 juillet, alors que notre Lucie demeurait plongée dans l'angoisse, François et Jacinthe s'inquiétaient, ne sachant comment ils agiraient sans leur cousine. (...)

Mais quand approcha l'heure à laquelle elle devait partir pour la Cova da Iria, Lucie se sentit soudain poussée à s'y rendre par une force étrange à laquelle il lui était très difficile de résister. Elle se mit donc en chemin et passa par la maison de ses oncles, pour voir si Jacinthe y était encore. Elle la trouva dans sa chambre, avec son frère François, à genoux au pied du lit et pleurant.

« Vous n'y allez pas ? leur demanda-t-elle.

– Sans toi, nous n'osons pas y aller. Allons, viens !

– Eh bien, j'y vais », leur répondit-elle.

Alors, le visage rayonnant de joie, ils partirent aussitôt avec leur cousine. (...)

Écoutons Monsieur Marto raconter, dans son langage simple et pittoresque, l'enchaînement rapide des événements :

« Je quittai la maison résolu, cette fois, à voir ce qui se passait. À combien de reprises n'avais-je pas dit à ma commère Maria Rosa : “ Si les gens prétendent que ces choses sont des inventions des parents et des prêtres, personne ne sait mieux que vous et moi qu'il n'en est pas ainsi. Nous ne poussons pas les enfants à aller là-bas. Et Monsieur le Curé quant à lui... Il va jusqu'à dire que ce peuvent être des choses du démon !... ” En réfléchissant ainsi, j'atteignis la route. Que de monde déjà !... » (...)

Impossible d'approcher !... À un certain moment, deux hommes, l'un de Ramila, l'autre de notre village, firent un cercle autour des enfants pour leur dégager une place et, me voyant, ils me tirèrent par le bras, en déclarant :

– C'est le père des enfants ! Qu'il vienne au milieu !

« Je me trouvai donc tout près de ma Jacinthe.

« Lucie, agenouillée un peu plus en avant, récitait le chapelet, et tous répondaient à haute voix. Le chapelet terminé, elle se leva si rapidement qu'elle ne sembla pas agir d'elle-même. Elle regarda vers le levant et s'écria :

– Fermez les parapluies ! Fermez les parapluies ! (ils servaient d'ombrelles, car il était midi et la chaleur était accablante)... Notre-Dame arrive !

« Pour moi, j'avais beau regarder, je ne voyais rien. Cependant, en faisant plus attention, je vis comme un léger nuage cendré, qui planait sur le chêne-vert. Le soleil s'obscurcit, et l'on sentit un souffle frais, agréable. Il ne semblait plus que nous étions au plus fort de l'été. La foule était tellement silencieuse qu'on en était impressionné.

« Alors, je commençai à entendre un son, un bourdonnement, quelque chose comme le bruit que ferait une grosse mouche dans une cruche vide. Mais je n'entendais aucune parole. Rien !... Je pense que c'est un peu ce qui arrive quand on est à téléphoner, ce qui ne m'est jamais arrivé ! Mais qu'est-ce que c'est ? me demandais-je à moi-même. Est-ce que cela vient de loin, ou de tout près d'ici ?... Tout cela, pour moi, fut une grande confirmation du miracle. »

En vérité, la Très Sainte Vierge descendait du Ciel, une troisième fois, pour s'adresser à ses confidents.

En présence de la céleste vision, une allégresse incroyable, une paix immense, envahirent le cœur des enfants, spécialement de Lucie, qui restait muette d'étonnement. Avec une tendresse infinie, comme une mère penchée sur son petit enfant malade, la Vierge Marie posa un regard un peu triste sur Lucie, comme pour lui dire : « C'est moi... Je viens du Ciel... En enfer, il n'existe pas de blancheur, pas de lumière ; il ne s'y trouve aucune bonté, aucune douceur... »

Lucie demeurait absorbée dans sa contemplation, comme en extase. Alors, Jacinthe intervint :

« Allons, Lucie, parle ! Ne vois-tu pas qu'Elle est déjà là et qu'Elle veut te parler ? »

Humblement, comme pour implorer son pardon après avoir douté d'Elle, Lucie demanda une fois de plus :

« Que veut de moi Votre Grâce ?

Je veux que vous veniez ici le 13 du mois qui vient, que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours en l'honneur de Notre-Dame du Rosaire, pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, parce qu'Elle seule pourra vous secourir. »

Lucie, pensant à sa mère qui ne voulait pas croire, aux gens qui se moquaient d'elle, à Monsieur le Curé qui prétendait que ce pourrait être une chose mauvaise, ajouta :

« Je voudrais vous demander de nous dire qui vous êtes, et de faire un miracle afin que tous croient que Votre Grâce nous apparaît.

Continuez à venir ici tous les mois. En octobre, Je dirai qui Je suis, ce que Je veux, et Je ferai un miracle que tous verront pour croire. »

Tout heureuse et sans perdre de temps, Lucie se mit à présenter à la Vierge Marie les requêtes qu'on lui avait confiées. Notre-Dame répondit qu'elle guérirait les uns, les autres non. Quant au fils estropié de Maria Carreira, elle ne le guérirait pas et il resterait pauvre. Mais il devrait réciter tous les jours le chapelet avec sa famille, et il pourrait gagner sa vie. Un de ceux qui avaient eu recours à Notre-Dame, un malade de Atouguia, avait supplié d'aller bientôt au Ciel.

« Qu'il ne soit pas trop pressé, répondit Notre-Dame. Je sais bien quand je dois venir le chercher. »

Il s'agissait de Manuel da Silva Reis, que Notre-Dame ne vint en effet chercher que sept ans plus tard, le 18 février 1924.

On demandait aussi des conversions : une femme de Fatima et ses enfants ; une autre de Pedrogao, des buveurs à corriger de leur vice, d'autres guérisons... Tous devaient réciter le chapelet, telle était la condition générale pour obtenir dans l'année les grâces demandées.

Afin de ranimer la ferveur refroidie de Lucie, la Vierge Marie lui recommanda de nouveau la nécessité du sacrifice, et confia aux enfants des paroles dont il leur faudrait conserver le secret :

« Sacrifiez-vous pour les pécheurs, et dites souvent à Jésus, spécialement lorsque vous ferez un sacrifice :

« Ô Jésus, c'est par amour pour vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie. »

Lucie poursuit avec précision :

« En disant ces dernières paroles, Elle ouvrit de nouveau les mains, comme les deux derniers mois. Le reflet (de la lumière) parut pénétrer la terre et nous vîmes comme un océan de feu. Plongés dans ce feu nous voyions les démons et les âmes (des damnés). Celles-ci étaient comme des braises transparentes, noires ou bronzées, ayant formes humaines. Elles flottaient dans cet incendie, soulevées par les flammes qui sortaient d'elles-mêmes, avec des nuages de fumée. Elles retombaient de tous côtés, comme les étincelles dans les grands incendies, sans poids ni équilibre, au milieu des cris et des gémissements de douleur et de désespoir qui horrifiaient et faisaient trembler de frayeur. (C'est à la vue de ce spectacle que j'ai dû pousser ce cri : “ Aïe ! ” que l'on dit avoir entendu de moi.) Les démons se distinguaient (des âmes des damnés) par des formes horribles et répugnantes d'animaux effrayants et inconnus, mais transparents comme de noirs charbons embrasés.

« Cette vision ne dura qu'un moment, grâce à notre bonne Mère du Ciel qui, à la première apparition, nous avait promis de nous emmener au Ciel. Sans quoi, je crois que nous serions morts d'épouvante et de peur.

« Effrayés, et comme pour demander secours, nous levâmes les yeux vers Notre-Dame qui nous dit avec bonté et tristesse :

Vous avez vu l'enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Pour les sauver, Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. Si l'on fait ce que je vais vous dire, beaucoup d'âmes se sauveront et l'on aura la paix. La guerre va finir. Mais si l'on ne cesse d'offenser Dieu, sous le règne de Pie XI, en commencera une autre pire. Quand vous verrez une nuit illuminée par une lumière inconnue, sachez que c'est le grand signe que Dieu vous donne qu'il va punir le monde de ses crimes, par le moyen de la guerre, de la famine et des persécutions contre l'Église et le Saint-Père.

Pour empêcher cela, je viendrai demander la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé et la Communion réparatrice des premiers samedis du mois. Si l'on écoute mes demandes, la Russie se convertira et l'on aura la paix. Sinon elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l'Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, plusieurs nations seront anéanties. "

C'est alors que les trois voyants virent une autre vision qui devait, d'ordre de la Sainte Vierge, être révélée par le pape au plus tard en 1960, mais qui le fut seulement quarante ans après, le 26 juin 2000. C'est une révélation symbolique conditionnée par la réponse ou la non-réponse aux demandes que la Sainte Vierge venait d'exprimer au nom de Dieu, qui veut sauver les âmes de l'enfer par le moyen de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.

« (...) Nous vîmes à gauche de Notre-Dame, un peu plus haut, un Ange avec une épée de feu à la main gauche ; elle scintillait, émettait des flammes qui paraissaient devoir incendier le monde ; mais elles s'éteignaient au contact de l'éclat que, de sa main droite, Notre-Dame faisait jaillir vers lui : l'Ange, désignant la terre de sa main droite, dit d'une voix forte : “ Pénitence, Pénitence, Pénitence ! ”

« Et nous vîmes dans une lumière immense qui est Dieu : “ quelque chose de semblable à l'image que renvoie un miroir quand une personne passe devant ” : un Évêque vêtu de Blanc.

“ Nous eûmes le pressentiment que c'était le Saint-Père. ”

« Plusieurs autres Évêques, Prêtres, religieux et religieuses gravissaient une montagne escarpée, au sommet de laquelle était une grande Croix de troncs bruts comme si elle était en chêne-liège avec l'écorce ; le Saint-Père, avant d'y arriver, traversa une grande ville à moitié en ruine et, à moitié tremblant, d'un pas vacillant, affligé de douleur et de peine, il priait pour les âmes des cadavres qu'il trouvait sur son chemin ; parvenu au sommet de la montagne, prosterné à genoux au pied de la grande Croix, il fut tué par un groupe de soldats qui lui tirèrent plusieurs coups et des flèches, et de la même manière moururent les uns après les autres les Évêques, Prêtres, religieux et religieuses, et divers laïcs, des messieurs et des dames de rangs et de conditions différentes.

« Sous les deux bras de la Croix, il y avait deux Anges, chacun avec un vase de cristal à la main, dans lequel ils recueillaient le sang des Martyrs, et avec lequel ils arrosaient les âmes qui s'approchaient de Dieu.

« Tuy 3-1-1944. »

Cette vision constitue la troisième partie du Secret de Fatima. La première est la vision de l'enfer, et la deuxième se rapporte à la nécessité vitale de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Bien qu'il soit ainsi divisé en trois éléments, il s'agit d'un unique Secret, tout entier révélé par Notre-Dame aux trois pastoureaux, lors de l'apparition du 13 juillet 1917. Reprenons le récit de cette apparition :

« À la fin mon Cœur Immaculé triomphera. Le Saint-Père me consacrera la Russie qui se convertira et il sera donné au monde un certain temps de paix.

« Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi, etc.

« Cela ne le dites à personne. À François, oui, vous pouvez le dire.

« Quand vous récitez le chapelet, dites après chaque mystère :

« Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, sauvez-nous du feu de l'enfer, attirez au Ciel toutes les âmes, surtout celles qui en ont le plus besoin. »

En face des réalités terribles qu'ils venaient de voir et d'entendre, les enfants restèrent sans parole, comme privés de leurs sens.

Après quelques instants de silence, Lucie cependant posa une dernière question :

« Votre Grâce ne me demande-t-elle rien de plus ?

Non, aujourd'hui je ne te demande rien de plus. »

« On entendit à ce moment-là, se souvient Monsieur Marto, quelque chose comme un grand coup de tonnerre, et l'arceau, qu'on avait planté là pour y accrocher deux petites lanternes, trembla tout entier, comme s'il y avait eu un tremblement de terre. Lucie, qui était encore à genoux, se leva, et se tourna si vite que sa jupe se souleva comme un ballon. Elle s'écria, en montrant le ciel :

– Elle s'en va ! Elle s'en va !

« Et après quelques instants :

– On ne la voit déjà plus.

« Je tirai de cela aussi une grande preuve. »

L'entretien était terminé, et la Vierge, comme le 13 mai et le 13 juin, s'était élevée vers le même point du ciel d'où Elle était venue, jusqu'à disparaître dans l'immensité bleue.

Lorsque se fut dissipé le nuage cendré qui planait sur le chêne-vert, et que tout le monde se fut remis de ses émotions, les enfants se virent plus que jamais entourés et harcelés de questions.

« Oh, Lucie ! Qu'est-ce que Notre-Dame t'a dit pour que tu sois devenue si triste ? lui demanda quelqu'un.

– C'est un secret, répondit-elle.

– Mais c'est une chose bonne ?

– Pour les uns, elle est bonne, pour les autres, mauvaise.

– Tu ne peux pas le dire ? insistait-on.

– Non, je ne peux pas le dire ! »

C'est que l'ordre de Notre-Dame retentissait encore à ses oreilles : « Cela, ne le dites à personne ! »

La foule serrait les enfants, au point de les étouffer. Tout rouge, en sueur, et d'un geste rapide, Monsieur Marto s'ouvrit un passage en jouant violemment des coudes puis, enlevant Jacinthe dans ses bras, il la porta jusqu'à la route, en la protégeant du soleil brûlant avec son chapeau. (...)

Un jeune ingénieur des environs, nommé Mario Godinho, offrit aux petits voyants de les reconduire chez eux en automobile. (...)

Les trois enfants, le 13 juillet, peu après la vision de l'enfer.

Toutefois, avant de rentrer à Aljustrel, l'on s'arrêta devant l'église de Fatima. Là, leur conducteur voulut les photographier. Premier et saisissant cliché que nous ayons des trois voyants, réalisé si peu d'instants après la vision de l'enfer.

Le doute, qui avait tourmenté Lucie du 13 juin au 13 juillet, disparut lors de cette troisième apparition de Notre-Dame à la Cova da Iria. Grâce à Dieu, la vision céleste dissipa les nuages de son âme et elle retrouva la paix.

Nos petits amis venaient de voir l'enfer, d'entendre les hurlements des damnés, là, tout près d'eux. Lucie, pour sa part, apprendrait bientôt que sa mission de messagère du Ciel serait de rappeler à notre siècle impie et apostat que l'enfer existe, que des multitudes d'âmes y tombent pour leur tourment éternel, et que la Vierge Marie a voulu montrer cette réalité à trois enfants, en prévision de l'incrédulité qui irait croissant à notre époque... jusqu'à déclarer que l'enfer n'existe pas ou qu'il n'y a personne dedans. Prétendre cela après la vision de l'enfer en 1917 ? Impossible !

La voyante est fidèle aux paroles de la Sainte Vierge qui se fait notre catéchiste, nous pouvons donc la croire ! Lucie témoignera sa vie durant, avec toute son énergie, de ce qu'elle a vu en ce 13 juillet 1917. Elle déclarera à maintes reprises, à des journalistes ou dans sa correspondance : « La terre s'ouvrit et nous nous trouvions, pour ainsi dire, au-dessus de l'enfer comme quelqu'un qui, sur une falaise, se trouverait au-dessus de la mer (...). J'entendais les cris. Il m'a semblé que l'enfer était tout près. »

« Nombreux sont ceux qui se damnent... Beaucoup se perdront... Ne soyez pas surpris si je vous parle tant de l'enfer. C'est une vérité qu'il est nécessaire de rappeler beaucoup dans les temps présents, parce qu'on l'oublie : c'est en tourbillon que les âmes tombent en enfer. Eh quoi ? Vous ne trouvez pas bien employés tous les sacrifices qu'il faut faire pour ne pas y aller et empêcher que beaucoup d'autres y tombent ? »

Extraits de Francisco et Jacinta, si petits... et si grands !,
Sœur Françoise de la Sainte Colombe, p. 137-149.

Aperçu sur la Cova da Iria durant la matinée du 13 octobre 1917. Soixante-dix mille personnes seront témoins du grand miracle.

Samedi 13 octobre 1917 « Je suis Notre-Dame du Rosaire »

« Le 13 octobre, raconte le père de Jacinthe et François, après beaucoup d'efforts, et après avoir été arrêtés souvent en chemin, nous parvînmes enfin à la Cova da Iria.

« La foule était si serrée qu'on ne pouvait la traverser. Alors, un chauffeur prit dans ses bras ma Jacinthe et, à force de bourrades, s'ouvrit un passage jusqu'aux poteaux où pendaient les lanternes, en criant :

– Laissez passer les petits qui ont vu Notre-Dame !

« Je me mis à leur suite. Jacinthe, en me voyant au milieu de tant de gens, se mit à crier, effrayée :

– N'étouffez pas mon Papa ! N'étouffez pas mon Papa !

« L'homme qui portait Jacinthe la mit enfin à terre, près du chêne-vert. Mais là aussi, la foule était dense, et la petite pleurait. Alors Lucie et François la mirent entre eux.

« Mon Olimpia était par là, d'un autre côté, je ne sais où. Mais ma commère Maria Rosa réussit à se mettre tout près de nous. Poussé par la foule, je me trouvai un peu écarté à un certain moment, et je remarquai un homme de mauvaise mine, qui appuya un bâton sur mon épaule. Je pensai en moi-même :

– Cela pourrait être le commencement du désordre !

« La foule faisait des remous, d'un côté et de l'autre. Mais au moment de l'Apparition, tout le monde se tut et resta tranquille. »

Aperçu sur la Cova da Iria durant la matinée du 13 octobre 1917. Soixante-dix mille personnes seront témoins du grand miracle.

Quant à Antonio, qui avait réussi à faire passer sa femme à travers la foule, il se trouva éloigné de Lucie par ces mêmes remous, et sa fille ne le revit plus jusqu'à ce qu'elle le retrouve le soir, au sein de la famille.

Il était à peu près 1 heure de l'après-midi, heure légale, et il continuait à pleuvoir.

« Nous étions parvenus à la Cova da Iria, près du chêne-vert, raconte Lucie, quand je me sentis poussée par un mouvement intérieur, et demandai à la foule de fermer les parapluies pour réciter le chapelet. »

Du haut de la route, abrités dans leurs voitures, tous ceux qui n'avaient pas eu le courage de s'aventurer dans le bourbier argileux de la Cova assistèrent alors à un spectacle stupéfiant :

« À un moment donné, nota l'un d'eux, cette masse confuse et compacte fenna les parapluies, se découvrant ainsi dans un geste qui devait être d'humilité ou de respect, mais qui me laissa surpris et plein d'admiration, car la pluie, avec obstination, mouillait toujours les têtes, détrempait et inondait tout. »

Cependant, quelques minutes avant le miracle, il cessa de pleuvoir. Le soleil perça victorieusement l'épaisse couche de nuages qui le cachait jusque-là, et brilla intensément.

À l'heure des montres, il était presque 13 h 30, c'est-à-dire environ midi à l'heure solaire. En effet, pour adopter l'heure des belligérants, le gouvernement portugais avait alors imposé au pays une heure légale qui avançait de quatre-vingt-dix minutes sur l'heure solaire.

Tout à coup, les trois enfants virent l'éclair, et Lucie s'écria :

« Silence ! Silence ! Notre-Dame va venir ! Notre-Dame va venir ! »

Maria Rosa, qui avait réussi à rester là, toute proche, n'oublia pas de donner à son enfant un conseil maternel :

« Regarde bien, ma fille. Prends garde de ne pas te tromper ! »

Mais Notre-Dame apparaissait déjà au-dessus du chêne-vert, posant ses pieds sur les rubans de soie et les fleurs, pieusement disposés la veille par la fidèle Maria Carreira.

Alors, le visage de Lucie devint de plus en plus beau et prit une teinte rose ; ses lèvres s'amincirent. Jacinthe, dans un geste de sainte impatience, donna un coup de coude à sa cousine et lui dit :

« Parle, Lucie, Notre-Dame est déjà là ! »

Lucie revint à elle-même, respira deux fois profondément, comme quelqu'un qui n'avait plus le souffle, et commença son entretien, d'une politesse toujours aussi exquise, avec Notre-Dame.

 

« Que veut de moi Votre Grâce ?

Je veux te dire que l'on fasse ici une chapelle en mon honneur. Je suis Notre-Dame du Rosaire. Que l'on continue toujours à réciter le chapelet tous les jours. La guerre va finir et les militaires rentreront bientôt chez eux.

J'avais beaucoup de choses à vous demander : de guérir quelques malades et de convertir quelques pécheurs, etc.

Les uns oui, les autres non. Il faut qu'ils se corrigent, qu'ils demandent pardon pour leurs péchés.

Et, prenant un air plus triste :

Que l'on n'offense pas davantage Dieu, Notre-Seigneur, car Il est déjà trop offensé !

Vous ne voulez rien de plus de moi ?

Non, je ne veux rien de plus de toi.

Alors, moi, je ne demande rien non plus. "
Comme le 13 septembre, pendant que Notre-Dame s'entretenait avec Lucie, la foule put voir par trois fois se former autour du chêne-vert la même nuée qui s'élevait ensuite dans l'air avant de se dissiper.

Un autre signe se renouvela pour la seconde fois, lorsque Notre-Dame remonta dans le ciel, au moment où Lucie s'écria :

« Elle s'en va ! Elle s'en va ! »

« À cet instant, rapporte Maria dos Anjos, ma mère sentit le même parfum que celui du 19 août ! »

Puis Lucie cria :

« Regardez le soleil ! »

« Ouvrant alors les mains, raconte Lucie, Notre-Dame les fit se réfléchir sur le soleil et, pendant qu'Elle s'élevait, le reflet de sa propre lumière continuait à se projeter sur le soleil. »
« Ce fut alors que l'on put regarder parfaitement le soleil, rapporte le père de Jacinthe et de François, sans en être incommodé. On aurait dit qu'il s'éteignait et se rallumait, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre. Il lançait des faisceaux de lumière, de-ci, de-là, et peignait tout de différentes couleurs : les arbres, les gens, le sol, l'air. Mais la grande preuve du miracle était que le soleil ne faisait pas mal aux yeux. »

Nul n'aurait pu imaginer ce qui survint alors : le soleil eut quelques secousses puis se mit à tourner sur lui-même.

« Tout le monde demeurait immobile. Tout le monde se taisait... Tous regardaient le ciel. À un certain moment, le soleil s'arrêta, et puis recommença à danser, à tournoyer ; il s'arrêta encore une fois, et se remit encore une fois à danser, jusqu'au moment, enfin, où il parut se détacher du ciel et s'avancer sur nous. Ce fut un instant terrible ! »

Quelques pèlerins durant la danse du soleil.

Maria Carreira décrit dans les mêmes termes la stupéfiante chute du soleil :

« Il produisait différentes couleurs : jaune, bleu, blanc ; et il tremblait, tremblait tellement ! il semblait une roue de feu qui allait tomber sur la foule. On criait : “ Ô Jésus ! nous allons tous mourir ! ” “ Ô Jésus ! nous mourons tous ! ” D'autres s'écriaient : “ Notre-Dame, au secours ! ” Et ils récitaient l'acte de contrition. Il y avait même une dame qui faisait sa confession générale, et disait à haute voix : “ J'ai fait ceci, j'ai fait cela... et cela encore ! ”

« Finalement, le soleil s'arrêta, et tous poussèrent un soupir de soulagement. Nous étions vivants, et le miracle annoncé par les enfants avait eu lieu. »

La promesse de Notre-Dame s'était réalisée à la lettre. Tous avaient vu. Maria Rosa aussi ! Son témoignage fut donc d'autant plus probant que son opposition avait été, depuis le début, tenace et systématique.

« Maintenant, déclarait-elle, on ne peut pas ne pas y croire ; car le soleil, personne ne peut y toucher. »

Durant les dix minutes où la foule put contempler le grandiose miracle cosmique, les trois voyants jouissaient d'un spectacle différent. La Vierge Marie réalisait pour eux ses promesses du 19 août et du 13 septembre. Il leur fut donné d'admirer, en plein ciel, trois tableaux successifs. Écoutons Lucie :

 

La vision de la Sainte Famille

« Notre-Dame ayant disparu dans l'immensité du firmament, nous avons vu, à côté du soleil, Saint Joseph avec l'Enfant-Jésus et Notre-Dame vêtue de blanc avec un manteau bleu. Saint Joseph et l'Enfant-Jésus semblaient bénir le monde avec des gestes qu'ils faisaient de la main en forme de croix. »

 

La vision de Notre-Dame des Douleurs

« Peu après, cette Apparition ayant cessé, j'ai vu Notre-Seigneur, et Notre-Dame qui me donnait l'impression d'être Notre-Dame des Douleurs. Notre-Seigneur semblait bénir le monde, de la même manière que Saint Joseph. »

 

La vision de Notre-Dame du Mont-Carmel

« Cette Apparition disparut, et il me sembla voir encore Notre-Dame sous l'aspect de Notre-Dame du Carmel, parce qu'Elle avait quelque chose qui pendait de sa main. » Ce “ quelque chose ” était le scapulaire.

Lorsque le soleil reprit sa place, mais pâle et sans éclat, se produisit un fait inexplicable naturellement. Tous ces gens, qui avaient été trempés par la pluie, se trouvèrent soudain, avec joie et stupéfaction, complètement secs. La Très Sainte Vierge avait ainsi multiplié les merveilles, en Mère attentive et bienfaisante, pour confirmer la vérité des affirmations des enfants.

On remarqua aussi avec étonnement et soulagement que, dans la masse des gens qui empruntèrent des moyens de transport si nombreux et si divers, pas un seul accident ne fut à déplorer ni un seul désordre à enregistrer.

« Alors, raconte le docteur Carlos Mendès, je pris Lucie dans mes bras pour la porter jusqu'à la route. Ainsi, mon épaule fut la première tribune d'où elle a prêché le message que venait de lui confier Notre-Dame du Rosaire.

« Avec un grand enthousiasme et une grande foi, elle criait :

– Faites pénitence ! Faites pénitence ! Notre-Dame veut que vous fassiez pénitence. Si vous faites pénitence, la guerre finira... »

Faire pénitence, en portugais, équivaut à “ se convertir ”, “ revenir à Dieu ”,“ fuir le péché ”, et non “ faire des pénitences, des mortifications ”.

« Elle paraissait inspirée... C'était vraiment impressionnant de l'entendre. Sa voix avait des intonations comme la voix d'un grand prophète. »

Aussitôt après le miracle, les témoins harcelèrent de nouveau les voyants d'innombrables questions. Autour d'eux, la foule des curieux était comme une fourmilière.

« Un souvenir que j'ai conservé de ce jour, rapporte Lucie, est que j'arrivai à la maison sans mes nattes, qui me tombaient plus bas que la ceinture. Je me rappelle le mécontentement de ma mère quand elle me vit avec encore moins de cheveux que François ! Qui me les a volés ? Je ne sais pas. Dans la foule qui nous serrait, il ne manquait pas de ciseaux ni de voleurs. Mon foulard, lui, aurait pu se perdre facilement, sans qu'il fût volé. Mes tresses avaient été pas mal écourtées les deux derniers mois. Patience ! Rien ne m'appartient. Tout appartient à Dieu. Qu'Il en dispose donc comme il Lui plaît ! »

Une telle presse autour des trois petits et cette avalanche de questions avaient commencé dès le matin et n'avaient pas cessé depuis, sans leur laisser le moindre instant de répit. Ils passèrent ensemble l'après-midi de cette journée, mais la multitude cherchait à les voir et à les observer, comme s'ils étaient des bêtes curieuses. Le soir, ils étaient épuisés.

« Plusieurs personnes qui n'avaient pu m'interroger, dit Lucie, restèrent jusqu'au lendemain à attendre leur tour. Quelques-uns voulurent encore me parler à la veillée. Mais moi, vaincue par la fatigue, je me laissai tomber sur le plancher pour dormir. » (...)

Extraits de Francisco et Jacinta, si petits et si grands !,
Sœur Françoise de la Sainte Colombe, p. 265-276

Sœur Lucie novice, à 21 ans.

Les apparitions de Pontevedra (1925-1926)

Durant son premier séjour à Pontevedra, du 25 octobre 1925 au 16 juillet 1926, Lucie allait être de nouveau témoin d'apparitions merveilleuses. Notre-Dame allait accomplir sa promesse envers elle : « Mais toi, Lucie, ... Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer. Il veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. » Notre-Dame venait lui révéler son grand dessein pour le salut des pécheurs en notre siècle de perdition : la communion réparatrice des premiers samedis du mois.

LA COMMUNION RÉPARATRICE DES CINQ PREMIERS SAMEDIS DU MOIS

Dans la soirée du jeudi 10 décembre 1925, après le souper, Lucie reçut dans sa cellule la visite de la Vierge Marie et de l'Enfant-Jésus. Écoutons son témoignage :

« Le 10 décembre 1925, la très Sainte Vierge lui apparut et, à côté d'elle, porté par une nuée lumineuse, l'Enfant-Jésus. La très Sainte Vierge mit la main sur son épaule et lui montra, en même temps, un Cœur entouré d'épines qu'elle tenait dans l'autre main. Au même moment, l'Enfant lui dit : “ Aie compassion du Cœur de ta très Sainte Mère entouré des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu'il y ait personne pour faire acte de réparation afin de les en retirer.”

« Ensuite, la très Sainte Vierge lui dit : “ Vois, ma fille, mon Cœur entouré d'épines que les hommes ingrats m'enfoncent à chaque instant par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet, et me tiendront compagnie pendant quinze minutes en méditant sur les quinze mystères du Rosaire, en esprit de réparation, je promets de les assister à l'heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme.”»

Chargée de cette nouvelle mission, la jeune postulante, Lucie a alors dix-huit ans, fit tout son possible pour faire connaître les demandes de Notre-Dame. Elle s'en ouvrit aussitôt à sa supérieure, mère Magalhaes, qui était gagnée à la cause de Fatima et prête, quant à elle, à se conformer aux désirs du Ciel. Lucie en fit part aussi au confesseur de la maison, D. Lino Garcia : « Celui-ci, raconte-t-elle, m'ordonna de tout écrire ce qui concernait [cette révélation] et de garder ces écrits dont on pourrait avoir besoin. » Mais il resta dans l'expectative. Lucie écrivit alors le récit de l'événement à son confesseur de l'Asilo de Vilar, Mgr Pereira Lopes, qui formula des réserves et conseilla d'attendre. Quelques jours après le 15 février, Lucie lui répondit en lui exposant en détail la suite des événements. Par bonheur, cette lettre nous a été conservée. En voici de larges extraits.

« Mon très révérend Père, je viens bien respectueusement vous remercier de l'aimable lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire. Quand je l'ai reçue et que j'ai vu que je ne pouvais pas encore répondre aux désirs de la Sainte Vierge, je me suis sentie un peu triste. Mais je me suis tout de suite rendu compte que les désirs de la très Sainte Vierge étaient que je vous obéisse. Je me suis tranquillisée et, le lendemain, quand j'ai reçu Jésus à la communion, je lui ai lu votre lettre et je lui ai dit : “ Ô mon Jésus ! Moi, avec votre grâce, la prière, la mortification et la confiance, je ferai tout ce que l'obéissance me permettra et ce que vous m'inspirerez ; le reste, faites-le vous-même ”...

« Le 15, j'étais très occupée par mon emploi, et je ne songeais presque pas à cela [à l'apparition du 10 décembre précédent]. J'allais vider une poubelle en dehors du jardin. Au même endroit, quelques mois auparavant, j'avais rencontré un enfant à qui j'avais demandé s'il savait l'Ave Maria. Il m'avait répondu que oui, et je lui avais demandé de me le dire, pour l'entendre. Mais comme il ne se décidait pas à le dire seul, je l'avais récité trois fois avec lui. À la fin des trois Ave Maria, je lui ai demandé de le dire seul. Comme il restait silencieux et ne paraissait pas capable de le dire seul, je lui demandai s'il connaissait l'église Sainte-Marie. Il me répondit que oui. Je lui dis alors d'aller là tous les jours et de prier ainsi : “ Ô ma Mère du Ciel, donnez-moi votre Enfant-Jésus !” Je lui appris cette prière, et je m'en allai. Donc, le 15 février, en revenant comme d'habitude [pour vider une poubelle en dehors du jardin], j'y trouvai un enfant qui me parut être le même (que précédemment), et je lui demandai alors : “ As-tu demandé l'Enfant-Jésus à notre Mère du Ciel ?” L'Enfant se tourna vers moi et me dit : “ Et toi, as-tu révélé au monde ce que la Mère du Ciel t'a demandé ?” Et, ayant dit cela, il se transforma en un enfant resplendissant. Reconnaissant alors que c'était Jésus, je lui dis :

 

« “ Mon Jésus ! Vous savez bien ce que m'a dit mon confesseur dans la lettre que je vous ai lue. Il disait qu'il fallait que cette vision se répète, qu'il y ait des faits pour permettre de croire, et que la Mère supérieure ne pouvait pas, elle toute seule, répandre la dévotion dont il était question.

C'est vrai que la Mère supérieure, toute seule, ne peut rien, mais avec ma grâce, elle peut tout. Il suffit que ton confesseur te donne l'autorisation et que ta supérieure le dise pour que l'on croie, même sans savoir à qui cela a été révélé.

– Mais mon confesseur disait dans sa lettre que cette dévotion ne faisait pas défaut dans le monde, parce qu'il y avait déjà beaucoup d'âmes qui Vous recevaient chaque premier samedi, en l'honneur de Notre-Dame et des quinze mystères du Rosaire.

C'est vrai, ma fille, que beaucoup d'âmes commencent, mais peu vont jusqu'au bout et celles qui persévèrent le font pour recevoir les grâces qui y sont promises. Les âmes qui font les cinq premiers samedis avec ferveur et dans le but de faire réparation au Cœur de ta Mère du Ciel me plaisent davantage que celles qui en font quinze, tièdes et indifférentes.

– Mon Jésus ! Bien des âmes ont de la difficulté à se confesser le samedi. Si vous permettiez que la confession dans les huit jours soit valide ?

Oui. Elle peut être faite même au-delà, pourvu que les âmes soient en état de grâce le premier samedi lorsqu'elles me recevront et que, dans cette confession antérieure, elles aient l'intention de faire ainsi réparation au Sacré-Cœur de Marie.

– Mon Jésus ! Et celles qui oublieront de formuler cette intention ?

Elles pourront la formuler à la confession suivante, profitant de la première occasion qu'elles auront de se confesser.”

« Aussitôt après, Il disparut sans que je sache rien d'autre des désirs du Ciel jusqu'aujourd'hui. Et quant aux miens, poursuivait-elle, c'est qu'une flamme d'amour divin s'allume dans les âmes pour que, soutenues dans cet amour, elles consolent vraiment le Sacré-Cœur de Marie. J'ai du moins le désir de consoler beaucoup ma chère Mère du Ciel, en souffrant beaucoup pour son amour. »

LE PREMIER FRUIT DE LA DÉVOTION RÉPARATRICE :
TOUTES LES GRÂCES NÉCESSAIRES AU SALUT

La chose la plus étonnante, à Pontevedra, c'est l'incomparable promesse faite par Notre-Dame : « À tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi... » accompliront toutes les conditions demandées, « je promets de les assister à l'heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme ». La très Sainte Vierge accorde là, avec une largesse incommensurable, la grâce de la persévérance finale, que pas même toute une vie sainte de prière et de sacrifice ne saurait mériter, car elle est toujours un don gratuit de la miséricorde divine. La promesse est sans restriction aucune : « À tous ceux qui..., je promets. » La disproportion entre « la petite dévotion » réclamée et la grâce qui y est attachée nous révèle la quasi infinie puissance d'intercession concédée à la Vierge Marie pour le salut des âmes. « La grande promesse, écrit le P. Alonso, n'est rien d'autre qu'une nouvelle manifestation de cet amour de complaisance de la Sainte Trinité envers la Vierge Marie. Pour celui qui comprend une telle chose, il est facile d'admettre qu'à d'humbles pratiques soient attachées d'aussi merveilleuses promesses. Il se livre alors filialement à elles d'un cœur simple et confiant envers la Vierge Marie. » Retenons à la lettre la promesse de la Vierge : Quiconque aura rempli toutes les conditions voulues peut être sûr d'obtenir, au moins à l'instant de sa mort, et fût-ce même après de misérables rechutes dans un état de péché grave, les grâces nécessaires de contrition parfaite pour obtenir le pardon de Dieu et être préservé du châtiment éternel.

Mais il y a beaucoup plus encore dans cette promesse. La dévotion réparatrice est proposée comme un moyen de convertir les pécheurs qui sont en plus grand danger de se perdre et comme une intercession très efficace pour obtenir du Cœur Immaculé de Marie la paix du monde.

LES CONDITIONS DE LA GRANDE PROMESSE

Pour pratiquer et faire pratiquer cette « petite dévotion », il est nécessaire d'en bien connaître les conditions.

Le premier samedi de cinq mois consécutifs.

« Tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi... » Cette exigence du Ciel vient s'insérer dans l'immémoriale tradition de la piété catholique qui, après avoir consacré la journée du vendredi à commémorer la Passion de Jésus-Christ et à honorer son Sacré-Cœur, trouva tout naturel de consacrer le samedi à sa très Sainte Mère. Et, si l'on y regarde de près, la demande de Pontevedra apparaît comme l'heureux aboutissement d'un mouvement de dévotion, d'abord spontané, puis encouragé et codifié par les Souverains Pontifes. En 1889, le pape Léon XIII avait accordé des indulgences aux fidèles qui consacreraient, par des dévotions spéciales, quinze samedis en l'honneur de la Vierge du très saint Rosaire. Le 1er juillet 1905, saint Pie X approuvait et indulgenciait la pratique des douze premiers samedis du mois en l'honneur de l'Immaculée-Conception. Le 13 juin 1912, enfin, il concédait de nouvelles indulgences à des pratiques qui ressemblent beaucoup aux demandes de Pontevedra : « Afin de promouvoir la piété des fidèles envers Marie Immaculée, Mère de Dieu, et pour réparer les outrages faits à son saint Nom et à ses privilèges par les hommes impies, Pie X a accordé, pour le premier samedi de chaque mois, une indulgence plénière, applicable aux âmes du purgatoire. Conditions : confession, communion, prières aux intentions du Souverain Pontife et pieuses pratiques en esprit de réparation en l'honneur de la Vierge Immaculée. » Cinq ans jour pour jour après ce 13 juin 1912, c'était à Fatima la grande manifestation du Cœur Immaculé de Marie « entouré d'épines qui semblaient s'y enfoncer ». Nous avons compris, dira plus tard sœur Lucie, « que c'était le Cœur Immaculé de Marie, outragé par les péchés de l'humanité, qui demandait réparation ». Ainsi le Ciel se contente de couronner un grand mouvement de piété catholique, venant préciser seulement les décisions d'un pape, et de quel pape, saint Pie X !

Toutefois, dans ce message de Pontevedra, la Vierge Marie n'exige ni quinze, ni douze, ni huit samedis qui lui soient consacrés. Elle ne demande que cinq samedis en y joignant une promesse toute différente, beaucoup plus étonnante. Il ne s'agit plus d'indulgences (c'est-à-dire de la remise des peines dues aux péchés déjà pardonnés), mais de la grâce des grâces, l'assurance de recevoir au moment de la mort « toutes les grâces nécessaires pour se sauver » ! L'on ne saurait concevoir plus merveilleuse promesse, car il y va de la réussite ou de l'échec « de l'affaire la plus importante, de notre seule affaire : la grande affaire de notre salut éternel ». (Saint Alphonse de Liguori)

La confession en esprit de réparation.

Il n'est pas demandé qu'elle soit faite le premier samedi du mois. Elle peut être anticipée. À la limite, la confession mensuelle pourrait suffire. Elle doit être accomplie avec la pensée de faire réparation au Cœur Immaculé de Marie. Ainsi, note le P. Alonso, « l'âme ajoute au principal motif de la douleur qui sera toujours le péché comme offense à Dieu qui nous a rachetés dans le Christ, cet autre qui indubitablement exercera une influence bienfaisante : l'offense au Cœur Immaculé et Douloureux de la Vierge Marie ».

La communion réparatrice des premiers samedis.

Elle est, bien sûr, l'acte essentiel de la dévotion réparatrice. Pour en comprendre le sens et la portée, il faut la mettre en rapport avec la communion miraculeuse de l'automne 1916, orientée déjà par les paroles de l'Ange autour de l'idée réparatrice, et puis aussi avec la communion des neuf premiers vendredis du mois demandée par le Sacré-Cœur à Paray-le-Monial.

Mais dira-t-on, communier cinq premiers samedis de suite est presque impossible à beaucoup de fidèles qui n'ont pas de messe dans leur paroisse ce jour-là... Telle est la question que le P. Gonçalves, confesseur de sœur Lucie, lui posait dans une lettre du 29 mai 1930 : « Si l'on ne peut accomplir toutes les conditions le samedi, ne peut-on y satisfaire le dimanche ? Les gens de la campagne par exemple ne le pourront pas, bien souvent, parce qu'ils habitent loin... » Notre-Seigneur donna la réponse à sœur Lucie dans la nuit du 29 au 30 mai 1930 : « La pratique de cette dévotion sera également acceptée le dimanche qui suit le premier samedi quand mes prêtres, pour de justes motifs, le permettront aux âmes. » C'est donc non seulement la communion, mais c'est aussi la récitation du chapelet et la méditation sur le saint Rosaire qui peuvent être reportées au dimanche, pour de justes motifs dont les prêtres sont laissés juges. Remarquons une nouvelle fois le caractère catholique, ecclésial, du message de Fatima. C'est à ses prêtres et non à la conscience individuelle que Jésus confie le soin d'accorder cette facilité supplémentaire.

La récitation du chapelet.

Le 13 octobre 1917, Notre-Dame a révélé qu'elle voulait être invoquée à Fatima sous le vocable de “ Notre-Dame du Rosaire ”. À chacune de ses six apparitions, elle a demandé que l'on récite le chapelet tous les jours. Puisqu'il s'agit de réparer les offenses faites à son Cœur Immaculé, quelle autre prière vocale pourrait-elle lui être plus agréable ?

Les quinze minutes de méditation sur les mystères du Rosaire.

Notre-Dame demande « quinze minutes de méditation sur les quinze mystères du Rosaire ». Il n'est pas indispensable de méditer chaque mois sur les quinze mystères. Au P. Gonçalves, sœur Lucie écrit : « Tenir compagnie quinze minutes à Notre-Dame en méditant les mystères du Rosaire. »

L'intention réparatrice.

Sans cette intention générale, sans cette volonté d'amour qui désire réparer et consoler Notre-Dame, sans cette « compassion », toutes les pratiques ne sont rien, ne valent rien. Il s'agit de consoler le Cœur Immaculé de « la plus tendre des mères », tellement outragé. Soulignons l'originalité de ce message. Car il ne s'agit pas ici, du moins pas essentiellement, de consoler la Vierge Marie en ayant compassion de son Cœur transpercé du glaive des souffrances de son Fils. Certes, le message de Fatima inclut cet aspect déjà traditionnel de la piété catholique puisque, le 13 octobre 1917, Notre-Dame des Sept-Douleurs apparut en plein ciel aux trois pastoureaux. Toutefois, le sens précis de la dévotion réparatrice demandée à Pontevedra ne consiste pas tant dans la méditation des mystères douloureux du Rosaire que dans la considération des offenses que reçoit actuellement le Cœur Immaculé de Marie de la part des ingrats et des blasphémateurs qui rejettent sa médiation maternelle et bafouent ses divines prérogatives. Autant de cruelles épines qu'il faut enlever de son Cœur par d'amoureuses pratiques réparatrices, pour l'en consoler, et pour obtenir aussi le pardon des âmes qui ont eu l'audace de l'offenser si gravement.

L'ESPRIT DE LA DÉVOTION RÉPARATRICE :
LA RÉVÉLATION DU 29 MAI 1930, À TUY

Lorsque sœur Lucie se trouvait à Tuy, son confesseur, le P. Gonçalves, lui avait posé par écrit toute une série de questions. Nous en avons déjà mentionné quelques-unes. Ne retenons ici que la quatrième : « Pourquoi cinq samedis et non neuf ou sept, en l'honneur des douleurs de Notre-Dame ? » Le soir même, la voyante implorait Notre-Seigneur de lui inspirer la réponse à ces questions. Quelques jours plus tard, elle la transmettait à son confesseur :

« Me trouvant dans la chapelle avec Notre-Seigneur une partie de la nuit du 29 au 30 de ce mois de mai 1930 [nous savons que c'était son habitude de faire une heure sainte de 11 heures à minuit, plus particulièrement le jeudi soir, selon les demandes du Sacré-Cœur à Paray-le-Monial], et parlant à Notre-Seigneur des questions quatre et cinq, je me sentis soudain possédée plus intimement par la divine présence et, si je ne me trompe, voici ce qui m'a été révélé :

« Ma fille, le motif en est simple. Il y a cinq espèces d'offenses et de blasphèmes proférés contre le Cœur Immaculé de Marie :

1. – Les blasphèmes contre l'Immaculée-Conception.

2. – Les blasphèmes contre sa Virginité.

3. – Les blasphèmes contre sa Maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître comme Mère des hommes.

4. – Les blasphèmes de ceux qui cherchent publiquement à mettre dans le cœur des enfants l'indifférence ou le mépris, ou même la haine à l'égard de cette Mère Immaculée.

5. – Les offenses de ceux qui l'outragent directement dans ses saintes Images.

« Voilà ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m'a inspiré de demander cette petite réparation... »

Avant de citer la conclusion de cette révélation, notons que ce qui est premier dans le message de Fatima, c'est la foi, et la foi catholique précise, dogmatique. Car la vraie dévotion à la Sainte Vierge suppose toujours et nécessairement la foi en ses privilèges et prérogatives infailliblement définis par l'Église dans son Magistère souverain ou enseignés par le Magistère ordinaire et crus unanimement depuis des siècles par le peuple fidèle. Les péchés les plus graves envers la très Sainte Vierge sont donc d'abord des péchés contre la foi. Aveuglés par un œcuménisme trompeur, l'on oublie trop depuis 1962 cette vérité évidente que nous rappelle ici le message de Fatima : ceux qui nient ouvertement, en toute connaissance de cause et obstinément, les prérogatives de la Vierge Marie, commettent à son égard les plus odieux blasphèmes.

UN SECRET DE MISÉRICORDE POUR LES PÉCHEURS

Après avoir énoncé ces cinq blasphèmes qui offensent gravement sa très Sainte Mère, Notre-Seigneur donnait à sœur Lucie l'explication décisive qui nous fait pénétrer dans le secret de son Cœur Immaculé débordant de miséricorde envers tous les pécheurs, même envers ceux qui la méprisent et l'outragent Elle-même :

« Voilà ma fille, le motif pour lequel le Cœur Immaculé de Marie m'a inspiré de demander cette petite réparation et, en considération de celle-ci, d'émouvoir ma miséricorde pour pardonner aux âmes qui ont eu le malheur de l'offenser. Quant à toi, cherche sans cesse, par tes prières et tes sacrifices, à émouvoir ma miséricorde à l'égard de ces pauvres âmes. "

Nous avons là une des idées mères du message de Fatima : Depuis que Dieu a décidé de manifester son dessein d'amour, qui est d'accorder ses grâces aux hommes par la médiation de la Vierge Immaculée, il semble que leur refus de se soumettre docilement à cette volonté soit la faute qui blesse particulièrement son Cœur et pour laquelle il ne trouve plus en lui-même aucune inclination à pardonner. Ce péché-là paraît irrémissible, car il n'y a pas, pour notre Sauveur, de crime plus impardonnable que de mépriser sa très Sainte Mère et d'outrager son Cœur Immaculé qui est le sanctuaire de l'Esprit-Saint. C'est commettre « le blasphème contre l'Esprit qui ne sera remis ni en ce monde ni dans l'autre » (Mt 12, 31-32). Sœur Lucie elle-même suggère ce rapprochement dans son entretien avec le P. Fuentes.

Bientôt, en 1929, dans l'apparition de Tuy, Notre-Dame conclura la manifestation de la Sainte Trinité par cette parole saisissante : « Elles sont si nombreuses les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi que je viens demander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie. » Parole si forte que plusieurs traducteurs se sont permis de l'édulcorer ! Or, il n'y a absolument aucun doute sur le texte, Notre-Dame l'affirme avec tristesse, beaucoup d'âmes se perdent à cause de leurs mépris, de leurs blasphèmes envers Elle... Alors, donnant l'exemple de l'amour des ennemis, c'est Elle-même qui intervient en “ Mère de miséricorde et Mère du pardon ”, comme chante le Salve Mater. Elle intercède pour eux auprès de son Fils : Que les communions des cinq premiers samedis, offertes pour consoler son Cœur outragé, soient agréées par Lui en réparation des crimes des pécheurs. Que, tenant compte de « cette petite réparation » à son Cœur Immaculé, Il daigne pardonner aux ingrats et aux blasphémateurs, à tous les misérables qui ont eu l'audace de l'offenser, Elle, sa très Sainte Mère ! Et Notre-Seigneur accède à son désir. Il fait ainsi de la dévotion réparatrice un moyen sûr et facile pour convertir les âmes qui sont en péril de se perdre éternellement. Exaltant et terrible mystère de la communion des saints, qui fait dépendre réellement le salut de beaucoup d'âmes de notre propre générosité puisque la Vierge Marie, constituée par son Fils Médiatrice universelle et Mère de la divine grâce, ne peut agir seule. Elle a besoin de nous, de notre amour consolateur et de nos “ petites dévotions ” réparatrices pour sauver les âmes de l'enfer. C'est donc en définitive une des grandes intentions de la pratique des premiers samedis du mois, comme c'était déjà celle qu'indiquait Notre-Dame le 19 août 1917, invitant instamment les trois pastoureaux à la prière et aux sacrifices.

On comprend dès lors la pressante insistance de Notre-Dame, son ardent désir que soit pratiquée partout, le plus possible, cette dévotion réparatrice qui lui est chère, parce qu'elle est parfaite et donc efficace pour le salut des âmes. « Il me semble, écrivait sœur Lucie au Père Gonçalves en mai 1930, que le Bon Dieu, au fond de mon cœur, insiste auprès de moi pour que je demande au Saint-Père l'approbation de la dévotion réparatrice, que Dieu lui-même et la très Sainte Vierge ont daigné réclamer en 1925. En considération de cette petite dévotion, ils veulent donner la grâce du pardon aux âmes qui ont eu le malheur d'offenser le Cœur Immaculé de Marie, et la très Sainte Vierge promet aux âmes qui chercheront à lui faire réparation de cette manière, de les assister à l'heure de la mort avec toutes les grâces nécessaires pour leur salut. »

C'est parce qu'Elle désire nous y engager à tout prix que Notre-Dame y a joint de merveilleuses promesses. En effet, en plus de notre propre salut éternel et de la conversion des pécheurs, Elle a voulu lier à la communion réparatrice une autre promesse magnifique, celle du don de la paix. Sœur Lucie pouvait écrire, le 19 mars 1939 : « De la pratique de cette dévotion unie à la consécration au Cœur Immaculé de Marie, dépendent pour le monde la paix ou la guerre. C'est pourquoi j'ai tant désiré sa propagation ; et puis surtout, parce que telle est la volonté de notre Bon Dieu et de notre si chère Mère du Ciel. » (...)

Il importe de souligner que la politique dévoilée à Fatima n'est encore qu'un instrument dont use la Miséricorde divine pour obtenir le salut du plus grand nombre d'âmes possible. (...) Sauver les âmes, toutes les âmes, du seul mal véritable parce que le seul éternel, les arracher coûte que coûte au feu de l'enfer, tel est le premier souci du Cœur Immaculé de Marie qui se révèle d'abord comme l'ultime recours des pécheurs, et même des plus odieux et des plus misérables, car Elle est la Médiatrice de Miséricorde et la Porte du Ciel.

Extraits de Fatima, joie intime, événement mondial,
Frère François de Marie des Anges, p. 151-161

La révélation de Tuy (1929) UNE GRANDIOSE THÉOPHANIE TRINITAIRE

Le 20 juillet 1926, sœur Lucie quitte le couvent de Pontevedra pour entrer au noviciat des Dorothées, installé à Tuy, petite cité espagnole. Après sa prise d'habit le 2 octobre 1926, elle prononçait ses premiers vœux le 3 octobre 1928. En 1929, l'humble Maria das Dores poursuit à Tuy sa vie cachée, si bien cachée que la plupart de ses compagnes ignorent encore qu'elle est la voyante de Fatima. Elle met en pratique le message de Notre-Dame, vivant sa règle à la perfection dans le don total aux saints Cœurs de Jésus et de Marie. (...)

La messagère était prête. Et le moment était venu. Alors se réalisa la promesse du grand Secret : « Je viendrai demander la consécration de la Russie... » Écoutons sœur Lucie raconter l'événement :

« (...) Ce fut à cette époque que Notre-Seigneur m'avertit que le moment était venu où il voulait que je fasse connaître à la sainte Église son désir de la consécration de la Russie et sa promesse de la convertir... La communication s'est produite ainsi :

« (13 / 6 / 1929). J'avais demandé et obtenu la permission de mes supérieures et de mon confesseur de faire une heure sainte de 11 heures à minuit, dans la nuit du jeudi au vendredi de chaque semaine.

 

« Me trouvant seule une nuit, je m'agenouillai près de la balustrade, au milieu de la chapelle, pour réciter, prosternée, les prières de l'Ange. Me sentant fatiguée, je me relevai et continuai à les réciter les bras en croix. La seule lumière était celle de la lampe [du sanctuaire]. Soudain, toute la chapelle s'éclaira d'une lumière surnaturelle et, sur l'autel, apparut une croix de lumière qui s'élevait jusqu'au plafond. Dans une lumière plus claire, on voyait sur la partie supérieure de la croix, une face d'homme, avec un corps jusqu'à la ceinture ; sur sa poitrine une colombe, également lumineuse, et cloué à la croix, le corps d'un autre homme. Un peu en dessous de la ceinture (de celui-ci), suspendu en l'air, on voyait un calice et une grande hostie sur laquelle tombaient quelques gouttes de sang qui coulaient sur les joues du Crucifié et d'une blessure à la poitrine. Coulant sur l'Hostie, ces gouttes tombaient dans le Calice. Sous le bras droit de la Croix se trouvait Notre-Dame avec son Cœur Immaculé dans la main... (C'était Notre-Dame de Fatima avec son Cœur Immaculé,... dans la main gauche... sans épée ni roses, mais avec une couronne d'épines et des flammes...) Sous le bras gauche [de la Croix], de grandes lettres, comme d'une eau cristalline qui aurait coulé au-dessus de l'autel, formaient ces mots : “ Grâce et Miséricorde ”. Je compris que m'était montré le mystère de la très Sainte Trinité, et je reçus sur ce mystère des lumières qu'il ne m'est pas permis de révéler.

« Ensuite, Notre-Dame me dit : “ Le moment est venu où Dieu demande au Saint-Père de faire, en union avec tous les évêques du monde, la consécration de la Russie à mon Cœur Immaculé, promettant de la sauver par ce moyen. Elles sont si nombreuses les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi, que je viens demander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie.”

« Je rendis compte de cela à mon confesseur, qui m'ordonna d'écrire ce que Notre-Seigneur voulait que l'on fasse. »

Dans les deux lettres qu'elle adressa en mai 1930 au P. Gonçalves, son confesseur, la voyante exprima les demandes du Ciel en unissant étroitement la dévotion réparatrice des cinq premiers samedis à la consécration de la Russie :

« Le bon Dieu promet de mettre fin à la persécution en Russie, si le Saint-Père daigne faire, et ordonne aux évêques du monde catholique de faire également, un acte solennel et public de réparation et de consécration de la Russie aux très saints Cœurs de Jésus et de Marie, et si Sa Sainteté promet, moyennant la fin de cette persécution, d'approuver et de recommander la pratique de la dévotion réparatrice indiquée ci-dessus. »

DIEU DEMANDE LA CONSÉCRATION DE LA RUSSIE

Le 13 juillet 1917, Notre-Dame avait entretenu les trois enfants de Fatima du sort de la Russie. Trois mois avant la “ révolution d'octobre ”, tandis qu'à Pétrograd se nouait le terrible drame, la Reine du ciel et de la paix en annonça les funestes conséquences à l'échelle du monde.

« Dans le message de Fatima, note le P. Alonso, la Russie a une place toute spéciale. Il ne s'agit pas de faire de Fatima une antithèse absolue à la Russie. Quand le mot “ Russie ” apparaît dans les textes du message de la Vierge, il a une signification historique bien concrète. Certes, il s'agit de la nation connue sous ce nom, mais elle est considérée en tant que tombée, après une affreuse révolution, entre les mains d'un pouvoir matérialiste et athée qui se propose d'en finir avec le Règne de Dieu et avec l'Église en ce monde. Fatima, par conséquent, n'a pas pour but de nous dresser contre cette malheureuse nation qui a été, de tout temps, très dévote à la Vierge. » (...)

Pour comprendre le drame de notre siècle et la réponse qu'y apporte Notre-Dame de Fatima, il est nécessaire de connaître la véritable nature du mal qui a triomphé en Russie et s'est emparé de ce pays lors de la révolution d'octobre 1917.

L'étude de l'histoire de la Russie permet de discerner ce que cette nation avait de pernicieux, dès avant la révolution bolchevique, et qui favorisa son malheur : « La dérive de ce peuple russe si saint, si merveilleux, constate l'abbé de Nantes, commença lorsque le schisme byzantin l'atteignit, le séparant de l'unité et de la charité. » Cependant, ajoute-t-il, « le phénomène bolchevique s'est développé comme un chancre sur le corps de la “ Sainte Russie ”. Il lui demeure totalement étranger. Ni la religion orthodoxe, ni la tradition slave n'ont la moindre affinité avec sa dialectique inhumaine. » (...)

Ce fut à la fin du XVIIe siècle, sous le règne de Pierre 1er (1682-1725), surnommé le Grand par ses courtisans mais communément appelé par le peuple russe l'Antéchrist, que « les démons de l'Allemagne protestante et rationaliste se jetèrent sur la Russie ». Pendant tout le XVIIIe siècle, cette nation est demeurée « le champ de bataille de deux religions, de deux civilisations, de deux formes permanentes de l'esprit moderne, la latine et la germanique, la catholique romaine et la luthéro-calviniste ». Au XIXe siècle, tandis que les foules russes connaissaient un merveilleux réveil mystique, l'intelligentsia de Saint-Pétersbourg se nourrissait de « tout ce qui venait de Germanie, ici Marx et là Nietzsche. (...) Durant cette période dramatique, les tsars de Russie vécurent en bons et honnêtes princes, épris du bien de leurs peuples. Ils assumèrent tous leur mission de représentants de Dieu sur la terre de Russie et de défenseurs des peuples orthodoxes. » Face à la révolution menaçante, leur seule erreur fut un excès de libéralisme, un manque de clairvoyance et de fermeté.

Le mal, ce que Notre-Dame va appeler les erreurs de la Russie, est donc venu de sources étrangères, et c'est précisément pourquoi ces erreurs sont toujours actuelles même si aujourd'hui le bolchevisme semble éradiqué de Russie. Ce système politique qui aboutit à la destruction des fondements religieux et humains de la société est avant tout un athéisme.

Or l'athéisme est plus que jamais partout répandu, imposé par des manières plus médiatiques que sanglantes ; il peut même se dissimuler sous des apparences religieuses, mais l'apostasie qui ravage le monde chrétien occidental témoigne que cet athéisme pratique n'est pas moins efficace ni totalitaire que celui engendré par le bolchevisme. Dès lors, les conditions affreuses dans lesquelles sont mortes les dizaines de millions de victimes du communisme sont devenues pour nous le saisissant rappel des souffrances des pauvres âmes qui iront en Enfer, victimes de la molle apostasie. Le message de Notre-Dame est donc toujours actuel, le père Alonso l'avait bien compris, lui qui écrivait dans les années 1970 :

« Fatima apparaît, dans une première projection dans le temps, comme la manifestation du Cœur Immaculé de Marie en lutte avec la Russie qui incarne actuellement le “ mystère d'iniquité”. Mais, au-delà de l'histoire et du temps, Fatima se projette dans l'avenir comme la continuation infatigable de la lutte apocalyptique entre la Femme et le Dragon, annoncée déjà dans le livre de la Genèse. »

LA MÉDIATION MATERNELLE DE LA VIERGE IMMACULÉE

La révélation de Tuy vient couronner le cycle des apparitions de Fatima par une grandiose théophanie dont on ne trouve probablement pas d'exemple comparable dans l'histoire de l'Église depuis l'apparition qui terrassa Saul sur le chemin de Damas pour en faire de ce jour l'Apôtre des nations. Dans cette vision de Tuy, le mystère divin nous apparaît dans son mouvement de “ procession”, de “ descente”, puis de “ retour”, de “ remontée”, c'est-à-dire dans son double mouvement d'amour par lequel s'opère notre salut : mystère de “ Grâce et de Miséricorde”, mais aussi mystère de la conversion des âmes, de la Russie et des nations, par les pratiques de réparation et de consécration demandées envers le Cœur Immaculé de Marie.

Cette théophanie nous présente la cascade rebondissante de toutes les médiations, disposées par notre Père du Ciel pour nous faire part de sa Grâce et de sa Miséricorde : Médiation du Christ notre Sauveur crucifié pour notre salut Médiation eucharistique de son Corps et de son Sang, offerts en sacrifice expiatoire et proposés en nourriture et en breuvage de communion salutaire. Médiation de cette Eau cristalline de l'Esprit-Saint communiqué qui, par le baptême et la pénitence, nous donne la Vie, nous sanctifie et nous lave des souillures du péché. Et donc, médiation de l'Église qui nous prodigue ces biens par le ministère de ses prêtres, agissant au nom du Christ et exerçant ses pouvoirs. Et, nouvelle merveille, à cette double médiation du Fils de Dieu Sauveur et de son Esprit-Saint agissant par l'Église, s'adjoint mystérieusement la médiation universelle de Marie, Mère de Grâce et de Miséricorde.

La Vierge Marie est en effet apparue « sous le bras droit de la Croix », nous offrant son Cœur. Ainsi resplendit toute la richesse de son ineffable mystère ; mystère d'un Cœur incomparable, car c'est celui de l'Immaculée conception, le Cœur transpercé de la Vierge des douleurs, Épouse du divin Crucifié, corédemptrice et « réparatrice de l'humanité déchue », le Cœur de la Mère de Dieu et de la Mère des hommes, médiatrice de la Grâce et dispensatrice universelle de la Miséricorde sur toute l'humanité rachetée au Calvaire. Dans le message de Fatima, cette pensée de la Maternité spirituelle de Marie se trouve souvent exprimée avec force. Par exemple dans cette révélation importante reçue par sœur Lucie le 29 mai 1930, où Notre-Seigneur énumère les blasphèmes qui offensent le plus gravement le Cœur Immaculé de sa Mère : « Les blasphèmes contre sa Maternité divine, en refusant en même temps de la reconnaître comme Mère des hommes. » La formule est éclairante : Mère de Dieu, parce qu'elle est la Mère du Christ, l'Immaculée est aussi “ Mère de Dieu ” à l'égard « du reste de ses enfants », comme dit l'Apocalypse, parce que c'est elle qui, dans la douleur, les enfante à la vie divine. Faut-il souligner aussi que, dans l'apparition du 10 décembre 1925, à Pontevedra, l'Enfant-Jésus, s'adressant à Lucie et parlant de la Vierge Marie, ne dit pas « ma Mère », mais « ta très sainte Mère » : « Aie compassion du Cœur de ta très sainte Mère, couvert des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment. » Les écrits de sœur Lucie nous manifestent combien la voyante est pénétrée de cette vérité. Sous sa plume, ces expressions reviennent sans cesse : « Notre tendre Mère du Ciel, le Cœur Immaculé de Marie », « notre Mère très tendre », « le Cœur Immaculé de notre très sainte Mère ». C'est dire que Marie est « notre Mère du Ciel », de qui nous tenons toute notre vie dans l'ordre surnaturel, car c'est par Elle et jamais sans Elle que « notre Père du Ciel », qui en est la source, et Jésus notre Sauveur, qui nous l'a méritée, veulent nous la dispenser.

Comprenons-le bien, il ne s'agit pas seulement d'une affection, d'un lien moral qui ferait que la Vierge Marie nous aimerait comme une mère et nous adopterait comme ses enfants. Mais non ! C'est bien autre chose, c'est un lien ontologique, une relation d'origine qui nous unit à Elle. En méritant de devenir la Mère de Dieu, la Vierge Immaculée a aussi mérité de devenir notre Mère. Écoutons saint Pie X dont la doctrine, une fois de plus coïncide avec le message de Fatima :

« Marie n'est-elle pas la Mère de Dieu ? Elle est donc aussi notre Mère... Dans le chaste sein de la Vierge où Jésus a pris une chair mortelle, là même il s'est adjoint un corps spirituel formé de tous ceux qui devaient croire en lui. Si bien qu'en portant Jésus dans son sein, il faut dire que Marie y portait aussi tous ceux dont la vie du Sauveur renfermait la vie. Nous tous donc, qui, unis au Christ, sommes, comme dit l'Apôtre, “ les membres de son corps issus de sa chair et de ses os”, nous sommes sortis du sein de Marie à l'instar d'un corps attaché à sa tête... Si donc la bienheureuse Vierge est tout à la fois Mère de Dieu et des hommes (Dei simul atque hominum parens est), qui peut douter qu'elle ne s'emploie de toutes ses forces auprès de son Fils, tête du Corps de l'Église, afin qu'il répande sur nous, qui sommes ses membres, les dons de sa grâce, celui notamment de le connaître et de vivre par lui. » (Ad diem illud, 2 février 1904)

Pour ne pas devancer les déclarations solennelles du Magistère, la Vierge Marie ne se dit jamais à Fatima “ la Médiatrice de toutes grâces”, mais tout son message le suppose. L'heure est donc venue où il revient à l'Église hiérarchique, qui a reçu en dépôt le trésor de la divine Révélation, de proclamer la gloire de la Vierge Immaculée et de la présenter au monde avec autorité, au nom du Christ, comme Médiatrice de la Grâce et de la Miséricorde, pour toutes les âmes et pour toutes les nations, pour l'Église et pour la Chrétienté. Les apparitions de Fatima, avec leur accomplissement de Pontevedra et de Tuy, correspondent aux apparitions de Paray-le-Monial. Après le Sacré-Cœur de Jésus, c'est le Cœur Immaculé de Marie qui vient de la part de Dieu faire connaître le culte qui lui est dû pour préparer son “ triomphe”, annonciateur du Règne du Sacré-Cœur de Jésus.

« Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. » Afin d'y parvenir, il veut nous démontrer avec éclat que c'est par Elle, et par Elle seule, que nous pouvons être sauvés des périls effroyables qui nous menacent : face à l'enfer éternel, face à l'enfer temporel du goulag soviétique, il nous la présente comme l'ultime recours, l'ultime planche du salut. C'est dans le contexte de 1929, alors que Staline portait à son comble la terreur sanguinaire et les horreurs du goulag, qu'il faut entendre la grande promesse divine « de mettre fin à la persécution en Russie », « de sauver la Russie », dit-elle ailleurs. L'atroce boucherie, les famines cyniquement planifiées, les persécutions, les tracasseries policières, la socialisation stupide et inhumaine, tout cela pouvait cesser par la toute-puissante intervention de la Mère de Dieu, cette Théotokos tant aimée du bon peuple russe qui continuait à vénérer en secret ses icônes.

Désormais, à partir de ce 13 juin 1929 où Dieu a achevé de révéler solennellement son grand dessein sur l'Église, sur la Russie et sur le monde, on peut dire que le drame de notre siècle est noué, dont l'issue dépend finalement du Saint-Père puisque c'est à lui qu'il revient de commander aux évêques de faire avec lui la consécration demandée. Bien sûr, les fidèles aussi peuvent agir efficacement : par leurs prières et leurs sacrifices, ils méritent la grâce. Mais il n'empêche que rien de décisif pour la paix et le salut du monde ne peut se faire sans le Pape. Il faut insister, car ce point du message de Fatima est souvent passé sous silence : Dieu promet d'accomplir des miracles de grâces, par la médiation du Cœur Immaculé de Marie, mais à la condition formelle que les Pasteurs de l'Église les lui réclament solennellement, et manifestent, par leur obéissance à ses demandes, que face aux extrêmes périls de l'heure, c'est d'Elle et d'Elle seule qu'ils attendent le salut. (...)

C'est dire que plus que jamais, depuis la théophanie de Tuy, tout dépend du Pape...

Extraits de Fatima, joie intime, événement mondial,
Frère François de Marie des Anges, p. 195-202